L'Estrémadure, la terre qui longe la frontière avec le Portugal, a été la scène de beaucoup de miracles pendant la longue et lente reconquête qui s'est étirée sur près de deux cents ans dans cette région, et qui s'est achevée pendant le règne d'Alfonso el Sabio. Dix récits musicaux de miracles sont recueillis dans ce disque, et mis à part l'un d'eux, tous sont chantés (et chantés en totalité). À ma connaissance, seulement trois ont déjà été enregistrés, dont un seul entièrement. L'approche que fait Paniagua de ces chansons, se servant de voix en solo pour les strophes et du choeur dans les refrains, avec un accompagnement musical plein d'entrain, a donné de bons résultats dans de nombreux enregistrements. il s'avère encore très efficace ici.
Pour son seizième disque de cantigas, le groupe de Paniagua réussit mieux que d'autres ensembles à saisir l'esprit de ces chansons, qui représentent une forme populaire de dévotion très différente de la musique liturgique de l'époque. Après tout, ces chansons étaient destinés à des spectacles de cour, sans pour autant être moins pieuses ou sincères dans leur dévotion que la musique d'église. Toutes les histoires racontées dans ce recueil sont des miracles qui ont eu lieu en Estrémadure, où existaient plusieurs lieux saints dédiés à la Vierge Marie. L'un des miracles relate la vénération des Maures à la Vierge, un autre la résurrection d'un enfant, ou encore le triomphe sur des blessures mortelles ou des maladies. Parmi des évènements moins spectaculaires, un combat qui s'achève sans blessés ou la récupération d'un bien volé, toujours par intercession de la Vierge Marie. Avec cet enregistrement, nous pouvons apprécier, de mieux en mieux, l'importance du répertoire recueilli par Alfonso. JEROME F. WEBER