Le début du vingtième siècle a connu un renouveau d’intérêt pour la musique du compositeur italien Evaristo Felice Dall’Abaco (1675-1742). On considérait alors les œuvres de Dall’Abaco comme “le plus pur et le plus bel exemple de la musique de chambre italienne au sommet de son évolution”, surpassant même les œuvres de Corelli. Aujourd’hui, en revanche, sa musique est largement négligée, et le nom du compositeur a pratiquement sombré dans l’oubli.
Cet enregistrement de Giorgio Sasso et de l’Insieme Strumentale di Roma est un rappel bienvenu de l’héritage du maître véronais, avec un programme contrasté tiré de son opera prima et de son opera terza. Les musiciens explorent habilement les différences de style entre ces deux recueils ; l’influence omniprésente de Corelli dans l’opus 1 cède le pas au style français qui caractérise le dernier.
Sasso rend compte du potentiel expressif des premières œuvres du compositeur au moyen d’un phrasé lyrique mis en évidence par une articulation proche du langage oral, et contrebalancé par un vif sens du mouvement. L’Adagio de la Sonate en ré mineur, op. 1, est particulièrement mémorable à cet égard. Les interprétations de l’opera terza sont caractérisées par une remarquable clarté du phrasé et de l’ornementation qui souligne l’influence française au cœur de ces pièces.
Le Largo de la Sonate en si mineur, op. 3, no 3, met particulièrement en valeur une profonde compréhension du style non seulement par le premier violon, mais aussi par le second violon et par le violoncelle, confirmant ainsi le haut niveau musical de ce bel enregistrement. ŽAK OZMO