Ce disque est une véritable révélation. Pour la plupart de ceux qui se passionnent pour la musique ancienne, Benedetto Ferrari (1603/4-1681) est connu uniquement comme le compositeur présumé de Pur ti miro, le duetto d'une sensibilité sublime qui clôt L'Incoronazione di Poppea. Il n'est pas surprenant de trouver une délicieuse interprétation d'Invernizzi et d'Elena Cecchi Fedi parmi des parties de remplissage, mais la vrai découverte est l'oratorio Il Sansone. Composé pour la cour d'Este à Modène, où Ferrari travailla de façon intermittente à plusieurs moments de sa vie, il date de 1680. A cette époque, Ferrari était considéré comme un compositeur tout à fait démodé, et qui en tant que tel avait du mal à conserver son poste. Cela ne nous importe bien sûr absolument pas aujourd'hui, d'autant plus que le résultat est une oeuvre de style montéverdien d'un grand dramatisme, qui ne laisse paraître aucun signe de fatigue ni de vieillesse.
La force de Il Sansone réside plus particulièrement dans la caractérisation très vivante non seulement des personnages principaux, mais aussi des personnages allégoriques de la Raison et la Passion, qui apparaissent clairement comme la conscience de Samson dans la lutte du héros israélite. La Dalila de Ferrari, qui est en tout point la beauté dangereuse et intrigante de la Bible, est ici magnifiquement interprétée par Invernizzi, et ses artifices chantés sur un ton velouté s'imposent inexorablement au héros, noble mais imparfait, interprété par Lepore, et dont la dignité atteint son plus haut degré dans l'aria finale profondément émouvante. Fagotto est merveilleusement communicatif dans le rôle de Testo, qui, outre les narrations, comprend des commentaires dans le style des choeurs grecs et même une aria. La direction de Curtis est d'une grande justesse, et il obtient des chanteurs et du petit ensemble instrumental une interprétation d'une grande sensibilité, qui en fait une merveilleuse découverte qui mérite de figurer dans toute collection Baroque. BRIAN ROBINS