Harmonice musices odhecaton A est le titre d'un recueil publié à Venise le 15 mai 1501 par l'imprimeur Ottaviano Petrucci, et qui contient 96 fragments musicaux, essentiellement des chansons françaises d'auteurs tels qu'Alexander Agricola, Loyset Compère, Jacobus Obrecht et Heinrich Isaac. Le recueil n'aurait rien de particulier s'il n'était le premier consacré au répertoire polyphonique à avoir été imprimé. Cela n'aurait jamais été possible sans l'invention faite par Petrucci d'une technique permettant l'impression de « canto figurato » (musique mensuraliste) en trois passages : on imprimait tout d'abord les portées, ensuite les notes et autres signes musicaux, et enfin le texte.
Il est vrai que dans le cas de la publication qui nous occupe, le texte apparaît seulement dans l'incipit des chansons, ce qui pose une énigme difficile à résoudre. S'agit-il d'un répertoire instrumental ou simplement d'un répertoire vocal auquel il faut ajouter le texte ? Les deux possibilités sont probablement correctes, mais étant donné que le répertoire instrumental des environs de 1500 est rare, l'Odhecaton est un recueil très séduisant pour les ensembles spécialisés dans l'interprétation de la musique instrumentale de la Renaissance, parmi lesquels Piffaro occupe une place de choix.
Ce disque comporte vingt-neuf des pièces de l'Odhecaton, parmi lesquelles prédominent les adaptations pour instruments à vent ou « alta cappella ». Les combinaisons sont variées et pleines d'imagination et les interprétations sont tout à fait correctes, mais l'audition de toutes ces pièces d'affilée finit par lasser. En effet, interprétées exclusivement par des instruments, des pièces qui sont de véritables chefs- d'oeuvre deviennent une musique accessoire. MARICARMEN GOMEZ