Petite-fille de Jehan Jacquet, facteur de clavecins à Paris. Vers 1673 elle fut présentée à Louis XIV et à Madame de Montespan. Elle sut charmer son auditoire par la grace de sa voix et ses dons précoces de claveciniste. Elle vécut à la Cour jusqu'en 1684.
Notons qu'au XVIIe siècle, les femmes qui avaient pu bénéficier d'un enseignement approfondi en composition faisaient figure d'exception en France. La plupart des compositrices contemporaines d'Elisabeth Jacquet se bornaient à composer occasionnellement des airs qu'elles publiaient chez Ballard, dans les Recueils d'airs sérieux et à boire de différents auteurs.
En septembre 1684 elle épousa le célèbre organiste et claveciniste Marin de La Guerre (1658-1704). A cette date elle quitte avec son époux la cour pour s'installer sur l'Ile-Saint-Louis, menant conjointement sa vie familiale et sa vie professionnelle. A son domicile parisien étaient organisés des concerts semi-privés très courrus, où se réunissaient et se produisaient les musiciens du temps les plus en vue. Elle acquit une grande renommée en tant que claveciniste et professeur de clavecin.
En 1687 elle publie son premier livre de Pièces de clavecin. Le recueil est composé de 4 Suites. La partition ne fut retrouvée qu'à la fin des années 1970. La dédicace est adressée à Louis XIV. Elle donne l'image d'une femme ambitieuse, consciente de sa valeur, pleine de créativité et d'énergie. Il y est fait mention de 3 opéras, alors qu'on ne connaissait que Céphale et Procris. Leur existence est confirmée par son testament du 23 octobre 1726.
L'année 1694 voit la représentation de sa tragédie lyrique Céphale et Procris à l'Académie Royale de Musique. Le succès en fut médiocre, ce qui persuada peut-être Elisabeth de ne pas revenir à ce genre.
En 1707 paraissent deux volumes : les Pièces pour Clavecins qui se peuvent jouer sur le violon et Six Sonates pour le violon et le clavecin. Elles sont dédiées comme il se doit à Louis XIV et lui sont présentées en août de la même année.
En 1708 elle dédie encore à Louis XIV son premier Livre de Cantates françoises sur des sujets tirez de l'Ecriture sainte, et en 1711, le second volume. Il s'agissait des premières cantates sacrées à être composées en France.Le 1er septembre 1715 mourait le Roi-Soleil, et curieusement, à partir de cette date le silence se fait autour d'Elisabeth.
Cette même année, ou peu après, elle publie un nouveau volume de cantates profanes. Dédiées au Prince-Electeur de Bavière Maximilien II Emmanuel qui vécut en France entre 1709 et 1715. Ce volume comprend 3 Cantates : Sémélé, L'Ile de Délos et Le Sommeil d'Ulisse, ainsi qu'un duo pour soprano et basse continue, Le Racommodement comique de Pierrot et Nicole, et La Ceinture de Vénus.Après cette publication, on ne note plus aucune composition importante, si ce n'est quelques airs isolés publiés chez Ballard dans le Recueil d'airs sérieux et à boire cité plus haut.
Elle mourut le 27 juin 1729 et ses funérailles eurent lieu de lendemain en l'église Saint-Eustache à Paris.
Bien qu'elle poursuivit une carrière indépendante, l'admiration et le soutien du roi ne lui firent jamais défaut. Ses oeuvres furent constamment jouées à Versailles. Elle fut la seule femme compositeur dans le cercle intellectuel féminin qui illumina le règne de Louis XIV, auprès de remarquables femmes de lettres, telles que Madame de Scudéry, Madame de La Fayette ou Madame de Sévigné.
La réputation d'Elisabeth Jacquet de La Guerre traversa rapidement les frontières du Roi Soleil, tant du fait de ses talents de claveciniste virtuose, que de compositeur. Tout au long du XVIIIe siècle son oeuvre jouit d'une notoriété exemplaire, en France et à l'étranger. Mais au XIXe siècle, la compositrice tombait dans un oubli qui prit fin il y a peu de temps, grâce, notamment, aux travaux que lui consacra Catherine Cessac.