La musique d’église de l’époque antérieure à la Réforme a longtemps été considérée par beaucoup comme une musique élitiste, et l’un des principaux reproches que lui faisaient les réformistes était qu’elle était inaccessible au commun des mortels. La majorité de la population de l’Angleterre du bas Moyen Âge ne comprenait pas la langue latine (y compris un grand nombre des hommes et des garçons chanteurs), et ceux qui la comprenaient auraient eu beaucoup de mal à déchiffrer le texte entre les lignes polyphoniques d’une grande complexité. Cependant, la musique servait principalement comme toile de fond orale pour la dévotion privée. Les gens (dont beaucoup étaient illettrés) s’appuyaient semble-t-il sur la musique et sur d’autres œuvres d’art (peinture murales, orfèvrerie, joyaux, etc) présents dans l’église pour rehausser le théâtre liturgique représenté par le clergé — quelque chose comme une expérience multimédia médiévale. Cependant, tous ne considéraient pas cette élaboration de la liturgie comme une partie essentielle du culte, et il fut donc jugé que l’on pouvait se passer de la musique, comme des autres appuis visuels.
Les réformes de l’archevêque Thomas Cranmer, telles qu’elles apparaissent dans son nouveau livre de prières de 1549, allaient avoir des conséquences profondes, et certains diraient que désastreuses, sur la musique d’église ; d’ailleurs, la philosophie personnelle de Cranmer sur ce sujet était claire : « à mon avis, le chant qui sera interprété dorénavant ne devrait pas avoir de nombreuses notes, mais, dans la mesure du possible, une note pour chaque sylla-be », et l’Acte d’Uniformité donna lieu à une production assez rapide de nouvelles compositions pour l’église réformée. Mais le mouvement fut de courte durée, et à la mort d’Edouard VI en 1553, sa sœur Marie monta sur le trône et rétablit l’union du pays avec la communion catholique.
C’est probablement à cette époque que Byrd devint membre de la Chapelle Royale. L’ une des premières œuvres que l’on conserve de lui est In exitu Israel, qu’il composa avec John Sheppard, un membre plus âgé de la Chapelle, et William Mundy. C’est à Sheppard, qui mourut en 1558, que l’on doit la plus grande partie de l’œuvre, puisqu’il mit en musique sept versets, tandis que Byrd et Mundy écrivirent la musique de trois et quatre versets respectivement (Mundy était légèrement plus âgé que Byrd). On trouve également parmi ses premières œuvres Sacris solemniis et la composition assez énigmatique Regis tharsis, deux pièces qui sont également très marquées par l’influence de Sheppard au cours de ces premières années de la formation musicale de Byrd.
La Reine vierge
Peu après l’accession au trône d’ Élisabeth en 1558, le Book of Common Prayer fut réintroduit, et l’Église anglicane fut établie, telle que nous la connaissons actuellement. Élisabeth avait l’étoffe d’une grande souveraine : elle était jeune, belle, intelligente, s’exprimait avec éloquence, et son règne a été considéré par beaucoup comme une époque de consolidation politique et religieuse. A la différence de la réforme protestante du début des années 1550, sous le règne d’ Élisabeth la musique put à nouveau s’épanouir. En 1563 Byrd quitta Londres pour la cathédrale de Lincoln, où il occupa le poste d’organiste et de maître des choristes, et c’est là pense-t-on que fut composée la plus grande partie de sa musique pour l’ Église anglicane. Le dénommé « Grand » Service contient de la musique pour les offices du matin et du soir et pour la sainte communion ; il a des proportions symphoniques, et c’est le seul exemple que l’on ait où Byrd utilise toutes ses ressources de composition musicale dans ce genre. Les trois autres offices et les motets ont tous une remarquable construction, mais malgré leur sérénité, ils semblent manquer de la profondeur spirituelle si explicitement présentée dans ses œuvres latines. Lorsque Byrd retourna à Londres en 1572 comme Gentleman de la Chapelle Royale (il remplaça Robert Parsons, qui s’était noyé cette année-là dans le Trent), il était déjà devenu un compositeur respecté, et nous avons pour la première fois un échantillon de la véritable saveur du tempérament musical de Byrd dans le premier recueil imprimé de ses motets, Cantiones Sacræ (1575), qu’ il publia conjointement avec Thomas Tallis.
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