Elisabeth-Sophie Cheron, compositeur, biographie, discographie
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COMPOSITEURS
Cheron, Elisabeth-Sophie
COMPOSITEURS
ELISABETH-SOPHIE CHERON
L’ écrivain français du XVIIIe siècle Évrard Titon du Tillet écrivit : « la Musique étoit aussi un des plus doux amusemens de cette Muse ; elle touchoit agréablement le Luth & le Clavecin ». Son appréciation des talents de Chéron est confirmée par l’inventaire des meubles de celle-ci, rédigé juste après sa mort. On y énumère le contenu de son importante collection d’instruments musicaux, qui comprenait en effet un luth et un clavecin à deux claviers. Elle possédait également des instruments apparentés : une épinette, deux guitares, deux angéliques, et trois théorbes (« un petit, deux grands »). Les deux dessus de violes et une basse, un violon et une grosse caisse qui complètent la liste témoignent de sa connaissance des instruments à cordes frottées aussi bien que pincées, et de la percussion en plus du clavier. Une oraison funèbre prononcée en 1711 par Monsieur de Fermel’huis à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture après la mort de Chéron, et publiée l’année suivante, nous apprend que Joseph de Soleras avait été son maître de luth. On sait peu de choses de Soleras, mais son nom est apparu lié à une mascarade représentée devant plusieurs membres de la famille royale à Blois en 1658, ce qui peut être à l’origine du fait qu’il soit devenu plus tard luthiste d’Henriette, Duchesse d’Orléans (1644-1670). Chéron reçut donc des cours de luth d’un musicien bien placé ; à ce jour, il n’existe pas d’autre source qui nous indique si elle reçut également une formation pour les autres instruments de sa collection. Cependant, l’un de ses contemporains, Dézalier d’Argentville, écrivit qu’elle et ses élèves graveurs jouaient de la musique dans son salon le soir après le travail, après des discussions sur l’art et les théories artistiques avec quelques-uns des principaux intellectuels de l’époque :

On pouvait souvent écouter dans son salon le frère [Louis Chéron], la sœur [Élisabeth-Sophie], l’illustre [Roger] de Piles et plusieurs savants de premier ordre débatant des aspects les plus intéressants de la peinture et des beaux-arts. La musique faisait suite à ces remarquables conversations ; à la fin de la journée, lorsqu’elle et ses deux nièces [Ursule et Jeanne de la Croix] abandonnaient leurs palettes, elles faisaient de la musique, donnant une preuve supplémentaire de leur habilité mélodique sur plusieurs instruments.

Les instruments de sa collection servaient donc peut-être à ses élèves, à sa famille et à ses amis autant qu’à elle-même. L’ inventaire de ses biens révèle également qu’elle possédait des étuis pour plusieurs de ses instruments : guitare, angélique, théorbe et dessus de viole. Il est possible qu’ils aient servi pour ranger les instruments à son domicile, mais ils étaient peut-être aussi utilisés pour transporter les instruments pour des séances de musique ou des concerts dans d’autres endroits. De toutes façons, l’inventaire des instruments témoigne que son salon était un centre d’activité musicale, puisqu’elle en avait tant à sa disposition. Ce salon a dû être un endroit exquis, convenant parfaitement aux talents multiples de l’artiste. Son frère, Louis (1660-1713), avait peint plusieurs tableaux qui en ornaient les murs : l’Apothéose d’Hercule, Moïse arrosant les champs, et Angélique et Médor.

Le nom de Chéron apparaît dans un compendium de lettres et de poésies écrites par et au sujet de femmes illustres, qui avaient été réunies par l’historiographe royal Claude-Charles de Vertron au seuil du XVIIIe siècle : La Nouvelle Pandore ou Les Femmes illustres du siècle de Louis le Grand. Nous y voyons qu’elle jouait un rôle fondamental dans les cercles de femmes savantes qui se multiplièrent tout au long du siècle précédent, et que son salon musical suivit l’exemple des célèbres lieux de réunion des précieuses et des femmes savantes. De fait, l’angélique, instrument aujourd’hui peu connu, tirait peut-être son nom d’Angélique Paulet, l’une des précieuses ayant présidé certaines des premières réunions de femmes dans les salons, et qui était une luthiste accomplie. L’ angélique est un instrument à double manche, aux cordes accordées en séries diatoniques, assez semblable à une harpe, avec dix frettes et et un registre d’un peu plus de deux octaves.

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