Antonio Vivaldi, compositeur, biographie, discographie
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COMPOSITEURS
Vivaldi, Antonio
COMPOSITEURS
ANTONIO VIVALDI
Quant à sa carrière lyrique, elle le mènera, le plus souvent aux côtés de son père, à travers toute l’Italie septentrionale et le cœur de l’ Europe centrale. De Rome à Milan, de Florence à Ferrare, de Pavie à Reggio Emilia, à Vérone, Vicence, Mantoue comme dans les théâtres de Venise, ses opéras ne cesseront de tenir l’affiche durant près de trente ans. La renommée européenne assurée au compositeur par la large diffusion de ses œuvres instrumentales sera bientôt renforcée par l’expansion hors des frontières italiennes de ses opéras. L’ activité lyrique officielle ou officieuse de Vivaldi à l’étranger, à Prague, Breslau, Dresde, Graz ou Vienne, se doublera en effet d’une large diffusion de ses opéras, repris notamment à Munich et Hambourg, ou pillés par d’autres compositeurs à commencer par Haendel, puisant dans Vivaldi la matière de ses pasticci londoniens. Simultanément, le développement de son activité de compositeur privé le conduira à occuper successivement différentes charges rémunératrices et peu contraignantes, comme le poste de maestro di capella di camera à la Cour du Landgrave de Hesse-Darmstadt ou celui de compositeur quasi officiel de la Représentation Française à Venise. Mais c’est surtout l’expansion géographique de sa carrière lyrique qui lui permettra d’irriguer ces mêmes lieux de compositions diverses, vendues ou dédiées à toute une série de mécènes ou d’amateurs éclairés. Il est d’ailleurs probable que cette même expansion ait été à l’origine du succès rencontré par sa musique sacrée dans plusieurs foyers d’Europe Centrale, et notamment à Dresde, Brno ou Prague.

L’énigme Vivaldi

Plus de soixante-dix ans après sa redécouverte, Vivaldi demeure encore un compositeur mal connu, tant dans sa biographie que dans son œuvre. Si les travaux des historiens ont peu à peu levé le voile qui recouvrait jusqu’alors son itinéraire, notre connaissance en demeure pourtant très largement fragmentaire. De nombreuses zones d’ombres biographiques persistent en effet et de multiples aspects de la carrière du musicien constituent encore des énigmes absolues. Qu’il s’agisse de la formation musicale du jeune Vivaldi, de la publication de ses premières pièces instrumentales, de ses premiers pas de compositeur de musique vocale, de ses débuts dans les coulisses sulfureuses des théâtres de Venise, des causes et du contenu de ses longs exils vénitiens entre 1720 et 1725 puis entre 1728 et 1733, de ses liens avec la Bohême, avec la Cour de France, avec la Cour Impériale d’Autriche, ou des causes précises de son départ pour Vienne en 1740, d’innombrables pans biographiques sont encore ouverts à l’exploration.

Mais Vivaldi demeure surtout méconnu dans son œuvre, victime d’une exploration parcellaire et disproportionnée. Tout au long du XXe siècle, les fonds de musique vivaldienne progressivement mis au jour ont en effet été révélés ou escamotés avec une égale démesure. Le succès prodigieux rencontré par quelques dizaines de concertos pour violon, pour flûte ou pour mandoline, en installant brusquement Vivaldi au répertoire, a paradoxalement freiné l’exploration des sa production. L’incroyable impact produit par ces quelques concertos sur le public de l’après-guerre, en labellisant trop vite le nouveau venu, a ainsi coûté leur exhumation à de multiples pages vocales profanes ou sacrées, plus lourdes à restituer et plus complexes à aborder, mais aussi à de nombreux autres pans de la musique instrumentale vivaldienne, trop vite qualifiée de production industrielle. Cette même labellisation a longtemps éloigné les interprètes et les éditeurs de la musique de chambre de Vivaldi, jugée secondaire ou insignifiante avant tout examen, car prétendument inféodée au modèle corellien. Ainsi, par un paradoxe singulier, Vivaldi doit à la fois sa redécouverte et son ignorance à ses trop retentissantes Quatre Saisons qui défendent et trahissent tout à la fois son œuvre, en opérant sur elle à la manière d’un prisme déformant.

L’ exploration de tous ces secteurs négligés dévoile pourtant, à mesure qu’on l’examine, la grande unité du génie vivaldien, exprimé dans ses sonates comme dans ses motets, dans ses concertos comme dans ses opéras. L’étude et l’écoute attentives de ses œuvres démontrent, page après page, le caractère éminemment réducteur de cette labellisation imposée par un XXe siècle simplificateur, longtemps effarouché par la production protéiforme et luxuriante d’un XVIIIe siècle mal compris. Elles démontrent également combien les condamnations à l’emporte-pièce prononcées contre des secteurs entiers de la production vivaldienne par des générations de musicologues relevaient du procès d’intention.

Des concertos à la chaîne ? Le cliché a la vie dure depuis que Stravinsky lui a donné de douteuses lettres de noblesse dans ses entretiens avec Robert Craft. Cinquante ans plus tard, et alors que les héritiers de Stravinsky et ceux de Dallapiccola se déchirent dans un procès en contestation de paternité autour de ce jugement inepte, ce lieu commun continue pourtant à alimenter le fond de nombreuses conversations dès lors que l’on aborde l’auteur des Quatre Saisons. Aux curieux, aux amateurs de subtils contrastes, d’émotions raffinées ou de variations infinies, les exotiques concerti da camera composés pour la Cour de Mantoue ou les troublants concertos pour violon de haute maturité offrent cependant, parmi des dizaines d’autres pièces concertantes de Vivaldi, un savoureux contrepoint à ces tristes poncifs.

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