Alessandro Scarlatti, compositeur, biographie, discographie
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COMPOSITEURS
Alessandro Scarlatti
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Fabio Biondi
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L´oratorio romain
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COMPOSITEURS
Scarlatti, Alessandro
COMPOSITEURS
ALESSANDRO SCARLATTI
Comme conséquence de la Guerre de Succession d’Espagne à la suite de la mort du souverain Charles II, à partir de 1701 Alessandro commença à s’inquiéter et à chercher autour de lui d’autres postes pour lui et surtout pour son fils Domenico, né à Naples en 1685, et qui allait devenir lui aussi l’une des grandes figures de la musique européenne. Les carrières artistiques des deux Scarlatti ont été si étroitement liées, parfois de façon négative, que le spécialiste Roberto Pagano les a définies comme « deux vies en une ».

En 1701 Domenico composa sa première pièce sacrée, et quelques mois plus tard il fut admis à la Chapelle royale comme organiste surnuméraire. Son père Alessandro essaya en vain de lui obtenir un poste plus important auprès de Ferdinand de Médicis, auquel il l’avait présenté comme « un aigle dont les ailes ont poussé ». Le voyage que tous deux réalisèrent à Florence servit uniquement à confirmer la commande faite au père d’autres opéras et oratorios qui seraient représentés en Toscane : de 1702 à 1706, pas moins de cinq titres de Scarlatti furent montés au théâtre de Pratolino, mais Domenico n’obtint pas le poste escompté.

Les nombreux voyages réalisés dans les premières années du XVIIIe siècle, en particulier à Rome où son génie était particulièrement apprécié, sont documentés dans les notes désespérées des registres de la Chapelle royale de Naples, mais Alessandro ne trouva pas de poste meilleur, tandis que son fils Domenico réussit à se faire une place dans la vie musicale de Rome, devenant maître de la reine Maria Casimira de Pologne, puis de la prestigieuse Chapelle Giulia au Vatican, avant d’entreprendre sa longue et définitive carrière ibérique, tout d’abord à Lisbonne, puis en Espagne.

Entre temps la situation politique de Naples s’était clarifiée : après plusieurs changements de front, la ville avait depuis 1707 un nouveau gouvernement stable dépendant de l’Autriche, dont les vice-rois prirent la place des Espagnols jusqu’au retour de la monarchie bourbonienne en 1734. Revenu de façon stable à la direction de la Chapelle royale napolitaine, Alessandro Scarlatti consacra à partir de ce moment toutes ses énergies aux besoins musicaux de la ville, comme le montre l’incroyable quantité

d’ opéras qu’il composa : en 1705, le compositeur avait déclaré avoir composé 88 opéras en 23 ans. Son dernier opéra pour Naples, Il Cambise, de 1722, porte ce chiffre à 114.

Les opéras de Scarlatti devinrent le modèle dominant pour le théâtre musical de son temps, comme le prouve la production italienne de Haendel. Il s’agissait principalement de drames historiques en trois actes avec une sinfonia « d’ouverture » et des arias triparties (da capo), parfaits pour laisser une large place à la virtuosité des chanteurs et des instrumentistes. Scarlatti, suivant en cela la tradition méridionale, qui lui venait également de son enfance sicilienne, composa pour Rome, Naples et d’autres villes une série d’oratorios qui ne se distinguent guère des opéras profanes : Sedecia, re di Gerusalemme (1705-6), l’une des récupérations modernes les plus récentes, en offre un témoignage éloquent. Une fois seulement Alessandro, déjà âgé, a abordé l’opéra comique, qui inondait alors les théâtres napolitains : il composa en 1718 un chef-d’œuvre du genre, Il Trionfo dell’onore, comme pour démontrer les possibilités qu’il aurait pu avoir dans un domaine qui allait dans les années suivantes devenir le terrain de prédilection de compositeurs de la nouvelle génération, comme Leonardo Vinci et Leonardo Leo.

Scarlatti s’est également révélé extrêmement fécond dans les autres domaines. Aucun compositeur de son temps n’a écrit un nombre aussi important de cantates de chambre pour une ou plusieurs voix : les titres sûrs sont plus de 600, mais des centaines d’autres pourraient s’y ajouter, car des sources inconnues continuent d’apparaître (les dernières découvertes ont été faites dans l’ex Berlin Est). Dans le domaine de la musique sacrée, on remarque surtout l’éloignement du « Palermitain » de la tradition plus archaïque des maîtres du Baroque napolitain, représentée par Provenzale et ses disciples et successeurs comme Greco et Fago.

Dans la musique religieuse aussi le style de Scarlatti est « moderne », bien que se basant sur le contrepoint le plus élaboré de l’école romaine. Son Stabat mater pour soprano, alto et orchestre, qui subit par contre des influences de la tradition locale, fut le modèle du Stabat le plus célèbre, composé vingt ans plus tard par Pergolèse pour la même confrérie napolitaine.

La contribution d’Alessandro est également décisive dans le domaine instrumental, car avant lui la production orchestrale était pratiquement inexistante à Naples, bien que les grands instrumentistes virtuoses, comme leurs collèges chanteurs, les castrats, aient déjà commencé à se faire connaître dans toute l’ Europe. Dans les années qui précédèrent sa mort, survenue en 1725, Scarlatti se consacra surtout à l’enseignement et il reçut l’hommage de nombreux grands musiciens européens, dont certains se rendirent tout spécialement à Naples pour le rencontrer. Les Memorie dell’ abate Pecorone cantore della Real Cappella di Napoli (éditées en 1729) offrent une image assez anticonformiste de la capacité de gestion de Scarlatti, dont la production surabondante, qui s’explique peut-être en partie par les besoins économiques de l’entretien d’une grande famille « à la sicilienne », confirme surtout l’estime universelle dont jouissait « l’Orphée de notre temps », le plus grand musicien italien qui vécut à cheval sur les deux siècles du Baroque.

Traduction de Dominique Lange

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