Heinrich Franz von Biber, compositeur, biographie, discographie
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COMPOSITEURS
Heinrich Franz von Biber
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Paul van Nevel
10 CDs pour une île déserte : Fabio Bonizzoni
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Le Mystère d'Elche
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COMPOSITEURS
Biber, Heinrich Franz von
COMPOSITEURS
HEINRICH FRANZ VON BIBER
Charles Burney, dans sa General History of Music (1776-89) écrivait : « De tous les interprètes de violon du dernier siècle, Biber semble avoir été le meilleur, et ses solos sont les plus difficiles et les plus fantasques que l’on puisse trouver dans toute la musique que j’ai vue de cette même période ». Deux éléments extrêmement significatifs apparaissent dans cette phrase : le mot « semble » et l’allusion à la musique que « j’ai vue ». Et c’est que Burney ne disposait guère de références contemporaines à l’art de Biber en tant qu’interprète, mais il disposait par contre de ses partitions. Ce qui coïncide avec le dernier paragraphe de la biographie de Biber écrite par son fils Karl Heinrich et inclue dans Grundlage einer Ehren-Pforte (publié par Johann Matheson en 1740) où l’on signale que le compositeur était « plus connu dans les territoires de l’empereur, ainsi qu’en France et en Italie, pour sa musique que pour ses apparitions publiques ». Il semblerait (pour s’en tenir à la prudence implicite dans les mots de Burney) que ce que l’on savait de Biber comme virtuose du violon était connu au travers des œuvres qu’il composait pour cet instrument et bien sûr de la présomption que s’il les écrivait, c’était qu’il était capable de les jouer. Au-delà des digressions sur ses capacités comme instrumentiste, ce qui apparaît clairement est un profil extrêmement moderne en accord avec la consolidation de nouvelles formes de diffusion de l’art : celle du musicien connu pour ses partitions. Ou, pour être plus précis, ce qui apparaît ici de façon explicite est un nouveau type de marché de la culture, où les imprimeries musicales et les musiciens bourgeois et domestiques, qui achetaient instruments et partitions, commençaient à disputer aux conceptions esthétiques des princes et des seigneurs de l’église le protagonisme dans la formation du goût.

Bataille

L’ écrivain argentin Jorge Luis Borges, dans un essai qui traite des précurseurs de Kafka, dit que c’est Kafka qui a créé ses antécédents, et non l’inverse. Dans une conférence donnée en décembre 1953, dont le thème était la littérature allemande à l’époque de Bach, il commençait en plaisantant sur la similitude entre le sujet de son allocution et le chapitre d’un livre d’un voyageur hollandais sur les serpents en Islande (« il est très bref, suffisant et laconique, il se compose d’une seule phrase : ‘Des serpents, en Islande, il n’y en a pas’.»). Puis, il disait : « D’autre part, j’ai réfléchi au fait qu’il y a deux critères différents pour la littérature (ou pour la musique). Il y a le critère hédoniste, celui du plaisir, qui est le critère des lecteurs ; et, de ce point de vue, l’époque de Bach fut, littéralement, une époque pauvre. Et puis il y a l’ autre critère, celui de l’histoire de la littérature (qui est beaucoup plus hospitalier que la littérature) ; et de ce point de vue, il s’agit d’une époque importante, car elle prépara l’époque suivante... »

L’ histoire de la musique est pleine d’œuvres belles mais peu importantes, et, évidemment, transcendantes mais pratiquement impossibles à écouter. Les compositions de Biber, par contre, ont une double vie, et aucune des deux ne gêne l’autre. Elles sont, sans doute, ce qu’elles furent au moment où elles furent écrites (ou tout au moins ce que le regard contemporain peut deviner de cette lecture originelle), et elles sont également ce que l’histoire en a fait. Le célèbre quodlibet en différentes tonalités de la Battalia a 10 en ré majeur est à la fois la plaisanterie dans laquelle « la compagnie dissolue avec toute sorte d’humeurs » (Die liederliche Gesellschaft von allerley Humor) est représentée par une dissonance extrême (dans laquelle coexistent cependant des chansons populaires d’une grande simplicité) et l’œuvre annonciatrice qu’une oreille du XXIe siècle peut y déceler. Sa remarquable Passacaille pour violon solo (dont la partition est précédée de l’image d’un ange avec enfant) est, d’une part, la magistrale variation construite au long de soixante-cinq répétitions d’un tétracorde descendant (sol-fa-mi-ré), probablement interprétée dans la cathédrale de Salzbourg le jour de la fête de l’Ange Gardien, un 2 octobre. Mais c’est aussi (de même que pour les précurseurs de Kafka) l’œuvre nouvelle qui surgit lorsqu’on y projette l’ombre de son intertexte obligé, la Ciaccona de la Partita II en ré mineur de Bach.

Heinrich Franz von Biber
Abraham Mignon : Nature morte, Douai, Musée de la Chartreuse
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