Paris, 1656
Pourtant Marin Marais, fils de cordonnier, était issu d’un milieu populaire, plutôt modeste. Né de Vincent Marais et de sa femme en 1656, il fut baptisé à l’église Saint-Médard le 31 mai. La fabrication de chaussures tenait alors de l’entreprise familiale - l’oncle de Marais était également savetier et son frère Louis allait le devenir. Mais pour le bonheur de l’histoire de la musique, la famille Marais comptait également un oncle plus haut placé, qui se prénommait aussi Louis, portait le titre de Docteur en Théologie à la Faculté de Paris et officiait comme prêtre à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, l’une des églises les plus riches de Paris.
Cet oncle obtint pour son jeune neveu surdoué, une place à l’école de l’église où il entra le 15 avril 1667. L’enfant de 10 ans était logé et nourri et on lui enseignait la musique. Sa participation à un chœur faisait partie du programme d’études, ainsi que le choix d’un instrument - clavecin, orgue, luth ou viole. La pratique d’un instrument musical était cruciale pour que les garçons puissent continuer à étudier la musique lorsque leurs voix muaient. Parmi les professeurs de Marais, citons Michel-Richard de Lalande qui devint également un compositeur de renom. De nos jours, les visiteurs peuvent voir dans cette église une plaque en son honneur.
Marais quitta l’école six ans plus tard, se sentant une vocation pour la viole ; des archives indiquent qu’il devint bientôt l’élève du professeur de viole le plus éminent de Paris à l’époque, connu sous le nom de Monsieur de Sainte-Colombe.
Une vocation pour la viole
La viole a toujours été fort appréciée en France. Mersenne nous dit dans son livre Harmonie Universelle (Paris, 1636) « Certes, si les instruments sont prisez à proportion qu’ils imitent mieux la voix, si de tous les artifices on estime d’avantage celuy qui représente mieux le naturel, il semble que l’on ne doit pas refuser le prix à la Viole, qui contrefait la voix en toutes ses modulations, mesme en ses accents les plus significatifs de tristesse et de joye…»
Deux des premiers interprètes français de viole seule furent André Maugars, connu pour ses improvisations, et Nicolas Hotman, qui commença à composer des suites pour cet instrument. Les partitions de Hotman pour basse de viole seule existent dans plusieurs versions manuscrites, ainsi que quelques Airs à Boire. Le cas de Maugars est très différent car il improvisait, et rien de sa musique n’a encore été découvert.
Nicolas Hotman venait des Flandres espagnoles (aujourd’hui Bruxelles). C’était un grand joueur de viole et de luth et il occupa, entre autres positions prestigieuses, celle de joueur de dessus de viole et de théorbe pour le Duc d’Orléans ; un peu plus d’un an avant sa mort, on lui offrit le poste de joueur de dessus de viole auprès des musiciens de la Chambre du Roi. Il se distingua également en tant que professeur de deux musiciens importants de la génération suivante, Demachy et Sainte-Colombe.
Le peu qui peut être glané dans les archives semble nous mener à la conclusion que M. de Sainte-Colombe « célèbre pour la viole » (tel que cela est rapporté dans le Mercure de France, une gazette parisienne des XVIIe-XVIIIe siècles), était un certain Jean de Sainte Colombe, vivant rue de Betizy (qui n’existe plus) dans le quartier parisien de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Peut-être que dans le jardin de ces maisons de ville à trois étages, Marais espionna son professeur, caché dans une cabane construite entre les branches d’un mûrier, scène célèbre du film Tous les Matins du Monde.
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