Un nouveau style pour un nouveau monde
Le projet de vie de musicien professionnel auquel il s’était consacré jusqu’alors changea radicalement en 1716. Un beau jour il décida de tout abandonner et de se joindre à l’épopée jésuite d’évangélisation en Amérique. Pour l’histoire de la musique, Zipoli l’Européen disparut pendant près de deux siècles, immédiatement après avoir publié ses Sonates... L’autre Zipoli, l’Américain, s’est de nouveau manifesté en 1933, tout d’abord dans les travaux du jésuite Guillermo Furlong, puis vers 1940 dans ceux du musicologue uruguayen Lauro Ayertarán. Cependant c’est un autre Uruguayen, Francisco Curt Lange, qui établit les bases de la redécouverte du musicien «italo-argentin », comme nous le verrons plus loin.
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Le projet de vie de musicien professionnel auquel il s’était consacré jusqu’alors changea radicalement en 1716. Un beau jour il décida de tout abandonner et de se joindre à l’épopée jésuite d’évangélisation en Amérique
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A l’époque où Zipoli vivait à Rome, on commentait beaucoup la splendeur artistique et les nouvelles formes de rapports sociaux et communautaires dans les missions des Guaranis, des Tupi, des Chiquitos et des Motos dans la province jésuite du Paraguay. Le succès de la propagation de la foi dans ces territoires l’amena à s’imaginer participant du « Royaume de Dieu sur la Terre », de « La Terre sans mal » ou de la « Nation musicale » comme on avait coutume d’appeler ce territoire. La réussite des jésuites dépassa les frontières religieuses, s’affirmant comme un rêve devenu réalité. D’autre part, les musiciens italiens étaient alors fort appréciés hors de leur pays. C’est ainsi que Zipoli abandonna Rome pour se rendre directement, après un séjour obligé de 9 mois à Séville, dans la Province du Paraguay de la Compagnie de Jésus, qui occupait une partie de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de la Bolivie et de l’Uruguay actuels.
« Donnez-moi un orchestre et je convertirai toute l’Amérique du Sud », telle fut sa consigne. On disait que les jésuites avaient conquis un continent avec un orchestre. C’était une métaphore extrêmement suggestive, bien qu’incomplète. S’il est vrai que la musique donna des résultats effectifs comme moyen évangélisateur, la situation artistique de la région était très primitive. A la différence des chapelles musicales, qui fonctionnaient depuis un siècle et demi dans les grandes villes du Haut Pérou et du Mexique, il n’existait dans la province de Paracuario qu’une pauvre activité d’amateurs.
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