Ses premières années
Jacob Obrecht naquit à Gand en 1457 ou 1458. Le portrait découvert en 1991, qui lui donne l’âge de 38 ans, est la seule preuve de sa date de naissance. La carrière de son père, Willem Obrecht, un des six trompettistes de Gand de 1452 jusqu’à sa mort en 1488, est bien documentée. Un trompettiste de la ville, qui était membre de la guilde des trompettistes, était bien payé pour une profession honorable qui garantissait un emploi à vie. La mère de Jacob, Lysbette Gheeraerts, mourut quand il était enfant, et son père se remaria. Les familles des deux parents étaient des citoyens importants de Gand depuis plusieurs générations. La deuxième femme de Willem, Beatrijse Jacops, était également issue d’une famille de notables. Il est donc évident que le père de Jacob Obrecht était un homme important dans les cercles musicaux de Gand ainsi qu’à la cour de Bourgogne.
Dans son livre paru récemment, Rob Wegman a rassemblé plusieurs pièces d’informations nouvelles sur cette période. Gand venait de se révolter contre la Bourgogne, révolte qui s’était achevée par une sanglante défaite des forces de Gand en 1453. Vers 1458, lorsque le duc vint à Gand à l’occasion d’une fameuse célébration intitulée la « joyeuse rentrée », la ville était réconciliée avec son souverain. Les trompettistes avaient d’ailleurs participé à ce processus. Les trompettistes de la ville de Gand étaient si remarquables que Charles, comte de Charlais et fils du duc, faisait souvent appel à eux. Ceci commença dès 1454 et continua même après que Charles fut proclamé duc de Bourgogne en 1467. L’une de ces circonstances amena les trompettistes jusqu’à Mantoue en 1459.
Lorsque Jacob Obrecht apparaît pour la première fois dans les documents qui ont subsisté, il vient d’être ordonné prêtre en 1480 et détient une maîtrise en arts. Nous ne pouvons qu’imaginer l’éducation qui l’amena si loin. Il dut étudier dans une manécanterie, la possibilité la plus vraisemblable étant l’église collégiale de Sainte-Veerhilde à Gand, la seule école de ce genre dans la ville. Seule une manécanterie peut préparer un garçon à être chanteur, étudiant universitaire et prêtre.
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Lorsque Jacob Obrecht apparaît pour la première fois dans les documents qui ont subsisté, il vient d’être ordonné prêtre en 1480 et détient une maîtrise en arts. Nous ne pouvons qu’imaginer l’éducation qui l’amena si loin.
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Il dut entrer à l’université vers l’âge de 15 ans, bien que son nom ne figure sur les listes d’aucune université de Gand ou des environs. (Un autre Jacob Obrecht, fils de Jacob, fut inscrit à Louvain en 1470, ce qui créa une confusion jusqu’à ce que le prénom du père du compositeur, Willem, fût établi). Il y a cependant un rapport plausible avec l’université de Naples, le prince d’Aragon, Ferrante (ou Ferdinand), ayant été couronné roi de Naples en 1458. Le duc de Bourgogne conclut une alliance avec Ferrante en 1471, et en 1473, le nomma chevalier de l’Ordre de la Toison d’Or, l’ordre de noblesse le plus prestigieux d’Europe (le nombre de membres était limité à 31). Il est possible que Willem Obrecht ait accompagné la mission qui conféra l’honneur à Ferrante en 1475, et il est pour le moins possible que Jacob Obrecht soit allé fréquenter l’université là-bas durant cette période.
Après la mort de Willem Obrecht en 1488, son fils écrivit un motet funéraire en son honneur. En faisant un jeu de mot utilisant une orthographe similaire pour deux noms différents, Obrecht dit que son père mourut « à la fête de sainte Cécile » et « traversa la côte sicilienne ». (Le royaume de Naples était une autre Sicile). Cela corrobore l’hypothèse non documentée selon laquelle Willem Obrecht aurait accompagné la mission à la cour de Ferrante.
Il y a un autre lien avec Naples. Vers 1480, Johannes Tinctoris, qui travaillait là-bas depuis 1472, écrivit sur les principaux compositeurs de l’époque dans Complexus effectuum musices. Il nomme Jacob Obrecht à la fin d’une liste de dix compositeurs (des noms encore connus aujourd’hui, pour la plupart) dont les œuvres sont connues dans le monde entier. Si l’idée que Tinctoris se faisait du monde entier ne dépassait guère l’Europe occidentale, nous pouvons nous demander comment il aurait pu connaître le jeune Obrecht, alors âgé de vingt-deux ans — à moins, évidemment, que ce dernier ait vécu à Naples et qu’il ait déjà été compositeur.
Ce témoignage est problématique, cependant. L’unique source du traité de Tinctoris avait été copiée à Gand en 1504, ce qui rend possible l’hypothèse voulant que la copie ait été viciée par un ajout postérieur. D’autre part, Obrecht devait également connaître Tinctoris. Dans la notation d’un de ses premiers motets, Regina caeli, Obrecht fit une démonstration claire du principe théorique des proportions cumulatives trouvé dans le traité de Tinctoris, Proportionale musices. La démonstration est si étoffée qu’elle doit être comprise comme étant un compliment au théoricien.
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