Oeuvre et style
Dans ses compositions, Graupner utilise presque tous les instruments, à l’exception de l’orgue sur lequel, sans aucun doute, il improvisait. Dans ses œuvres d’orchestre et de musique de chambre, il fait la belle part aux instruments à vent (chalumeaux et flûte d’amour par exemple).
La qualité et l’originalité de sa musique sont indéniables. Spitta mentionne dans son étude sur J. S. Bach (1884-1899) l’importance de Graupner et son habileté à utiliser le contrepoint, également soulignée par plusieurs lexicographes contemporains de Graupner. Il a produit une œuvre monumentale par le nombre de ses compositions (plus de deux mille), mais également imaginative et tout empreinte de ses compétences musicales. Il a en effet synthétisé les courants nationaux du baroque en plus d’explorer de nouvelles tendances stylistiques. C’est justement cette diversité des styles d’écriture utilisés qui impressionne : il semble avoir brillamment intégré ces courants.
Un catalogue des œuvres instrumentales de Graupner sera publié d’ici peu sous la direction des musicologues Oswald Bill et Christoph Grosspietsch.
Les partitas (ou suites) pour clavecin
L’œuvre pour clavecin de Graupner comporte en tout quarante et une partitas et trois pièces isolées. Seulement sept partitas ont été publiées en édition moderne, dont quatre dans une édition maintenant épuisée. Graupner y emploie le plus souvent le style français, mais on retrouve aussi, surtout dans les airs, le style italien. On note chez lui un goût indéniable pour le contrepoint cher aux Allemands, plus particulièrement dans les gigues. En plus des danses traditionnelles (allemande, courante, sarabande, menuet et gigue), ses partitas comportent des mouvements peu utilisés dans le répertoire de l’époque tel la loure et le « sommeille » (!). Une partita compte de cinq à quatorze mouvements.
Graupner compose avec bonheur des sarabandes variées, tels les airs et variations pour clavecin auxquels nous associons Haendel. C’est dans les courantes que la fertilité d’invention de Graupner est la plus notable. S’y mêlent avec la plus parfaite originalité les caractéristiques de la courante française et de la corrente italienne (pourtant fort différentes) de cette danse. Graupner s’affirme sans gêne dans ces pièces, par le ton ludique auquel on le reconnaît.
En lisant ses partitas, on est vraiment frappé par leur degré d’invention et d’originalité. Graupner était de toute évidence un homme vif, passionné, cultivé et de grand métier.
La musique de clavecin occupe une place particulière dans l’œuvre de Graupner, et ce, pour deux raisons. Premièrement, parce que contrairement aux autres pièces de son immense production, elle n’a pas été composée par obligation, mais plutôt par pur plaisir et comme l’expression spontanée d’un talent qui lui était propre. Deuxièmement, parce que 21 de ses 41 partitas qui nous sont parvenues ont vu le jour sous forme de trois collections gravées de sa propre main. Ce fait est unique dans la production musicale de Graupner. Ces éditions originales constituent des documents inestimables, travaillés avec précision et attention, que le compositeur a jugés dignes d’être diffusés. En voici les titres : Partien auf das Clavier (Partitas pour clavecin), Darmstadt, 1718; Monatliche Clavier Früchte (Fruits mensuels pour clavecin), Darmstadt, 1722; et Vier Partien auf das Clavier unter der Benennung der vier Jahreszeiten (Quatre partitas pour clavecin portant le nom des quatre saisons), Darmstadt, 1733.
Les autres pièces de clavecin de Graupner existent sous forme de manuscrits ou d’autographes. Il s’agit d’un groupe de 17 partitas copiées par Samuel Endler et conservées dans le Livre de clavecin de Darmstadt (lequel comprend aussi des partitas de Telemann et de Haendel).
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