Mais c’est surtout de 1652 à 1658 que le rythme des reprises d’opéras de Cavalli, juste après la première vénitienne correspondante, augmente de façon significative : Veremonda, Le magie amorose (c’est-à-dire La Rosinda), Il Ciro, Xerse, Artemisia. Tous les opéras vénitiens étaient adaptés au goût napolitain par des musiciens autochtones à la solde des Armonici et mis en scène de façon fastueuse sous la direction du plus important chorégraphe de l’époque, le vénitien Balbi : avant les théâtres publics, ils étaient en fait destinés à la cour du vice-roi. Les trois dernières partitions furent réadaptées “à l’usage de Naples” par un arrangeur d’exception, ce Francesco Provenzale qui allait devenir le compositeur napolitain le plus important du siècle, et qui entretint probablement avec Cavalli un rapport d’étroite collaboration, peut-être didactique, peut-être aussi commerciale. Inversement, d’après ce que nous savons, Il Ciro fut composé à Naples par Provenzale, et ce n’est qu’ensuite qu’il fut adapté pour la scène vénitienne, avec d’importants changements dans le livret original du napolitain Sorrentini, pour lesquels “a composé la musique le sieur Francesco Cavalli, Apollon de l’Harmonie”. Le livret vénitien du Ciro (janvier 1654) révèle la distance qui sépare la conception du spectacle d’opéra dans les deux villes, cependant si étroitement liées :
“Ce drame a vu le jour à Naples, sous l’heureuse influence de servir pour les scènes de Venise : mais lorsqu’il s’est retrouvé ici il s’est avéré qu’il n’avait pas les ornements d’usage dans cette ville. La différence des coutumes l’avait élevé avec des manières différentes du génie vénitien... et nous déclarons ... qu’il a changé, non pas pour s’améliorer mais pour s’adapter aux coutumes”.
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La redécouverte moderne de Cavalli, au-delà de la survie de citations et de fragments dans les bibliographies musicales du XIXe siècle, est redevable à l’initiative pionnière de Raymond Leppard, qui dirigea à Glyndebourne tout d’abord L’Ormindo en 1967 puis en 1970 La Calisto.
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Pendant la même période s’ouvrait un nouveau front de diffusion de l’opéra vénitien dans le sud. En Sicile également, comme d’ailleurs à Gênes, c’est Cavalli qui inaugura et domina la tradition opératique locale : Giasone fut le premier opéra représenté à Palerme (1655), suivi jusqu’en 1658 par Il Ciro, Xerse et Artemisia. La situation sicilienne est évidemment liée aux saisons napolitaines et l’on peut penser que Provenzale joua un rôle dans ce développement insulaire de la diffusion des opéras de Cavalli, interrompue par la peste de 1656. Dans les années suivantes, le regard de Cavalli se tourna dans une tout autre direction : entre 1660 et 1662, il se rendit à Paris où il collabora avec Lully et fit représenter Ercole amante, son opéra commémoratif en l’honneur du roi qui, si la mort de Mazarin ne s’était pas produite, aurait pu déterminer le cours de l’histoire musicale française. La dernière production palermitaine, en 1661, fut L’Elena, qui avait vu le jour à Venise en 1659, remaniée cette fois par Marc’Antonio Sportonio. Les deux dernières productions napolitaines d’opéras de Cavalli se produisirent par contre avec un retard inhabituel et sans l’intervention directe de l’auteur : Statira et Scipione l’Africano étaient probablement destinés à la reprise napolitaine, aux soins de Provenzale, juste après leur création à Venise (1655-56), mais cela fut impossible en raison de la peste.
La nouvelle troupe d’Armonici rassemblée par le chanteur-compositeur Francesco Cirillo à la fin de sa carrière ne reprit ces opéras à Naples qu’en 1666-67. Mais les goûts avaient alors changé : la partition d’Eliogabalo que Cavalli avait composée pour le carnaval de Venise de 1668 avait été retirée car elle était considérée comme démodée (ou peut-être pour des raisons de censure) et remplacée par celle du Romain Boretti, probablement celle qui serait représentée à Naples et à Palerme en 1669 et 1678, même si symboliquement le livret napolitain en attribuait encore la musique au compositeur vénitien. Ayant abandonné le théâtre, Cavalli (mort en janvier 1676) consacra les dernières années de sa vie à la musique sacrée, tandis que dans le sud Francesco Provenzale, émancipé de son maître idéal, faisait un début triomphant comme compositeur autonome, avec La Colomba ferita, mélange inédit de drame sacré, de sujet napolitain, d’arias à la vénitienne et de personnages comiques chantant en napolitain.
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