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La revalorisation du théâtre d’opéra du XVIIIe siècle, et en particulier des chefs-d’œuvre de Cavalli, ne peut se faire qu’avec une pleine collaboration entre artistes et chercheurs.
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La redécouverte moderne de Cavalli, au-delà de la survie de citations et de fragments dans les bibliographies musicales du XIXe siècle, est redevable à l’initiative pionnière de Raymond Leppard, qui dirigea à Glyndebourne tout d’abord L’Ormindo en 1967 puis en 1970 La Calisto, pour un public qui, comme l’a écrit Carlo Majer, était naturellement plus habitué aux comédies de Shakespeare qu’au théâtre d’opéra baroque. On peut aujourd’hui sourire de l’ingénuité de Leppard, qui voulut publier également les partitions modernes des opéras de Cavalli, mais cela ne fait aucun doute qu’à partir de ce moment commença une lente mais irrésistible renaissance de Cavalli. En 1974 et 1983 furent produits à l’Opéra de Santa Fé Egisto et Orione, alors qu’en Europe, surtout grâce à René Jacobs et son Concerto Vocale, prenaient vie Xerse (1985), Giasone(1988), La Calisto (1995) : les enregistrements discographiques correspondants influèrent de façon décisive sur la faveur croissante des mélomanes pour un théâtre musical du XVIIIe siècle qui se limitait jusqu’alors à la trilogie de Monteverdi et quelques rares autres exceptions.
Parmi les quelques autres enregistrements dignes d’être cités, rappelons L’Ercole amante enregistré par Michel Corboz pour Erato en 1980, et en 1998 La Didone, qui a fait l’objet de deux reprises contemporaines : l’une par Christophe Rousset au Festival d’Ambronay et l’autre par le Freiburg Barockorchester sous la direction de Thomas Hengelbrock pour Deutsche Harmonia Mundi. En consultant un moteur de recherche, il est aujourd’hui possible de retrouver sur le Net plus de 40 titres de disques de musique de Cavalli, dont les opéras déjà cités, mais aussi beaucoup de musique sacrée (Vespri, Requiem, Messes et musique instrumentale). Chronologiquement, les dernières œuvres récupérées, alors que l’on annonce une reprise de La Calisto en Allemagne, ont été La Statira principessa di Persia, par Antonio Florio avec la Cappella della Pietà de’Turchini, enregistré pour Opus 111-Naive et mis en scène avec un grand succès au Teatro San Carlo de Naples en février 2004, et deux mois seulement plus tard, au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, la remarquable première absolue d’Eliogabalo, opéra qui ne fut jamais interprété du temps de Cavalli, sous la direction de René Jacobs dans l’une des plus magnifiques interprétations de sa carrière. Ces deux redécouvertes ont été accompagnées de congrès d’études internationaux auxquels ont participé les plus grands spécialistes mondiaux de Cavalli (les actes du Congrès de Naples, organisé par le Centro di Musica Antica Pietà dei Turchini, sont actuellement sous presse), signe évident que la revalorisation du théâtre d’opéra du XVIIIe siècle, et en particulier des chefs-d’œuvre de Cavalli, ne peut se faire qu’avec une pleine collaboration entre artistes et chercheurs.
La force explosive de cette musique pourra alors permettre de remettre Pier Francesco Cavalli à la place qui lui revient – et qui a été jusqu’à maintenant injustement oubliée – celle du plus grand compositeur d’opéra de la génération postérieure à Monteverdi, et ses opéras à l’affiche des théâtres d’aujourd’hui.
Voir aussi l’article “L'opéra vénitien au XVIIe siècle” de Brian Robins (Goldberg 20)
Traduit par Dominique Lange
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