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Tout d’abord, il tenait à écouter Buxtehude à l’orgue. Depuis 1668, Buxtehude était l’organiste de la Marienkirche de Lübeck et régnait sur deux instruments à trois claviers. Les deux orgues offraient des possibilités dont le jeune Bach ne pouvait profiter chez lui. En écoutant Buxtehude, il avait, sans aucun doute, l’occasion de beaucoup apprendre. De plus, Bach avait probablement accès aux manuscrits de Buxtehude et pouvait ainsi faire des copies de ses œuvres pour orgue. Grâce à cette intense immersion dans la pratique professionnelle d’un tel musicien, Bach eut l’occasion d’apprendre avec l’un des professeurs d’orgue les plus respectés de l’époque. En effet, six ans plus tôt, l’enseignement de Buxtehude avait fait l’objet d’éloges de la part du célèbre Johann Pachelbel, organiste à la Sebalduskirche de Nuremberg et professeur du frère aîné de Bach. Dans son Hexachordum apollinis, Pachelbel disait souhaiter que son fils puisse étudier avec Buxtehude. Le choix de Bach de ne pas suivre les pas de son frère, mais au contraire d’étudier avec l’organiste recommandé par Pachelbel, est une preuve de son ambition.
Une autre raison tient probablement au moment choisi par Bach pour sa visite. Il arriva vraisemblablement à Lübeck, en novembre 1705, juste au moment où commençaient les répétitions pour les séries de concerts que Buxtehude organisait avant et pendant l’Avent. Ces concerts, connus sous le nom d’Abendmusiken, étaient des prestations ambitieuses, parrainées par les hommes d’affaires de Lübeck. Ils comprenaient généralement des pièces polychorales pour lesquelles les interprètes étaient placés sur les balcons construits peu après la nomination de Buxtehude à la Marienkirche. Parfois, ces concerts permettaient aussi d’entendre des chanteurs engagés à Hambourg ou Kiel. En 1705, deux concerts honorant le défunt Saint Empereur Romain Léopold Ier et l’élection de son successeur Joseph Ier, captèrent l’attention générale. Bach a probablement assisté à ces représentations qui comptaient, outre des chœurs de chanteurs, des trompettistes et des timbales ainsi que des tableaux scéniques illustrant les thèmes des oratorios.
Le statut socioprofessionnel de Buxtehude fut un autre élément expliquant la visite de Bach. Aux yeux d’un musicien qui, comme lui, provenait d’un milieu provincial, Buxtehude était un modèle de réussite dans le milieu musical. Sur les terres thuringiennes où Bach était né, les organistes étaient en général socialement peu considérés, et leur statut comparable à celui de simples ouvriers ou de petits employés d’église tels les sacristains. Dans la musique d’église, ils étaient subordonnés au Cantor qui dirigeait le chœur et occupait le poste de professeur à l’école contiguë. En revanche, dans les villes du nord de l’Allemagne, comme Hambourg ou Lübeck, les organistes étaient des musiciens de plus haut rang. Buxtehude bénéficiait d’une position supérieure à celui du Cantor local, de par son statut et son salaire ; lui seul, et non le Cantor, était chargé des événements prestigieux comme l’Abendmusiken. Dans la ville toute proche de Hambourg, Johann Adam Reincken était organiste à la Katherinekirche, et il était connu comme le musicien le mieux payé de la ville. A l’église, il refusa même d’honorer certaines obligations cléricales, les considérant étrangères à sa “Profession”. Certes, des vestiges d’un statut plus modeste persistaient : bien souvent, les organistes récemment nommés devaient épouser la fille de leur prédécesseur, perpétuant ainsi la pratique du mariage dans la profession. Mais dans l’ensemble, Buxtehude a dû être un exemple à suivre pour un jeune virtuose tel que Bach, lui donnant un exemple d’avancement social et professionnel ne rimant pas forcément avec qualifications académiques, mais possible grâce à une grande habilité au clavier.
Le statut de Buxtehude à la tête de sa profession était indiscutable. Déjà de son vivant, il avait été proclamé “musicien de renommée internationale”. Malgré cela, peu de documents nous sont parvenus, nous donnant une idée du personnage ou de sa vie. Avant de venir à Lübeck, Buxtehude travailla dans les villes danoises d’Helsingborg et d’Helsingør, mais il passa ensuite 39 ans à la Marienkirche à Lübeck, et rien ne laisse penser qu’il ait jamais voyagé au-delà de la ville, toute proche, de Hambourg. Face à une telle pénurie d’information biographique, une connaissance plus intime de Buxtehude requiert une exploration de sa production. Sa musique fait preuve d’une grande imagination, inventivité et variété ; elle se caractérise par une quête de fantaisie ainsi que par un don certain pour la mélodie.
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