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Il convient en effet de rappeler qu’en termes purement quantitatifs les opéras “réformés” ne représentent qu’environ 16% de cette production (une bonne demi-douzaine de drames pour plus de quarante opéras). Il faut aussi noter que ces ouvrages novateurs virent le jour au cours des vingt dernières années de la vie du musicien, c’est-à-dire au moment où il abordait la cinquantaine, âge alors relativement avancé.
Couronnement autant que mise en cause de sa “première vie musicale”, la production parisienne de Gluck symbolise de façon définitive cette “réunion des goûts” (italien, allemand, français) que Couperin et Telemann avaient appelée de leurs vœux.
Gluck vit le jour en Bohême, à Erasbach, le 2 juillet 1714. Son père était un garde forestier aisé, qui souhaitait le voir suivre ses traces. Mais, tôt gagné par la passion des notes, le jeune Christoph Willibald s’enfuit de la maison paternelle pour l’assouvir. On le retrouve à Prague, dès ses quatorze ans, où il poursuit des études de musique et de philosophie, tout en jouant de l’orgue pour subsister. Passé à Vienne, il fait la connaissance d’un noble lombard qui l’engage dans son orchestre. C’est à Milan, dès 1737, que Gluck peaufinera sa formation d’autodidacte en recevant, selon toutes probabilités, l’enseignement de Giovanni Battista Sammartini – l’un des rares compositeurs italiens du temps à donner la priorité à l’écriture symphonique sur le chant et à avoir acclimaté en Italie les innovations orchestrales de l’école de Mannheim.
C’est aussi à Milan, en 1741, que Gluck fait ses débuts à l’opéra avec la mise en musique d’Artaserse, le plus fameux des livrets de Métastase (il sera utilisé plus de cent fois !). Le succès est au rendez-vous. Gluck se voit aussitôt assailli de diverses propositions : durant les cinq années suivantes, il produira sept autres opéras sérias (et collaborera à deux pasticcii), dont quatre sur des textes de Métastase. Cette précision n’est pas inutile pour éclairer la prétendue rivalité (dont nous parlerons plus loin) qui opposera le compositeur bohémien au poète officiel de la cour de Vienne.
En 1746, Gluck répondit à une invitation du King’s Theater de Haymarket, à Londres. Il s’agissait d’écrire, plutôt qu’un véritable opéra, une sorte d’ode héroïque et métaphorique : La Caduta de’Giganti (“La Chutes des Géants”) servit en effet à fêter (par avance !) la sanglante victoire remportée par le Duc de Cumberland sur les partisans des Stuart, à Culloden, trois mois plus tard. Pour cette même occasion, Haendel composa l’un de ses plus populaires oratorios, Judas Macchabée.
L’on a beaucoup glosé sur les relations nouées par Gluck avec son aîné Händel, rapportant notamment la pique assassine de ce dernier : “Gluck ne connaît pas mieux la musique que mon cuisinier.” Or, il se trouve que Walsh, le cuisinier de Händel, était un excellent musicien ! Quoi qu’il en soit, la remarque est peut-être apocryphe ; tout autant que les prétendus conseils donnés par Händel à son jeune compatriote : “si vous voulez plaire aux Anglais, faites quelque chose de bruyant, qui imite le roulement des tambours.”
Gluck ne plaît manifestement guère aux Anglais, puisqu’il reprend aussitôt ses pérégrinations. Il repart pour Hambourg, puis pour l’Italie, Dresde et, finalement, Vienne, où il reçoit une prestigieuse commande : composer l’ouvrage qui célébrera à la fois la réouverture du Burgtheater et l’anniversaire de l’impératrice Marie-Thérèse. L’occasion était même bien plus glorieuse : par la “Pragmatique sanction”, l’empereur Charles VI avait légué son trône à sa fille, décision contre laquelle se dressèrent les autres pays d’Europe. La Guerre de Succession d’Autriche qui s’ensuivit venait de prendre fin, en cette année 1748 : aucune œuvre ne pouvait plus dignement symboliser la totale réhabilitation de l’impératrice que la Semiramide riconosciuta de Métastase (qui développe un cas semblable), dont la mise en musique fut donc confiée à Gluck. Nouveau succès. Mais ni celui-ci, ni celui des neuf pièces suivantes, dont tous les textes seront (au moins partiellement) empruntés à Métastase, ne feront taire la méfiance du librettiste à l’égard du compositeur bohémien, auquel l’on n’accorde aucun poste à la cour.
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