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A la mort d’Henri VIII en 1547, son fils Édouard VI lui succéda, sous le “protectorat” de Lord Somerset. Deux ans plus tard, le jour de Whit Sunday 1549, le premier English prayer book devint le livre de prière officiel, et l’Angleterre une nation véritablement protestante. Tallis était alors à la Chapelle Royale depuis environ sept ans, et de par leurs fonctions, ses collègues et lui devaient tâcher de définir les possibilités musicales et les impératifs du Prayer book. Les différentes parties du livre ne contenant aucune indication, les musiciens n’avaient d’autre point de départ qu’une feuille blanche et leur imagination.
La plupart des formes musicales qui nous semblent inhérentes à l’église anglicane d’aujourd’hui remontent en fait au travail de Tallis et de ses contemporains. Cramer réduisit les huit “heures” de l’office à deux ; les nouvelles Mattins étaient dérivées des anciennes matines, et Lauds et Evensong, l’office du soir, s’inspiraient des Vêpres et de Complies. Parmi les nouvelles formes musicales conçues par Tallis pour ces deux services, il y a les Preces et Responses chantés (O Lord open thou our lips etc.), des musiques de cantiques associées deux par deux (par exemple le Magnificat et le Nunc Dimittis pour l’office du soir), et ce qu’on pourrait appeler la forme du “Grand Service” où les chœurs à quatre ou cinq parties se partagent entre Decani et Cantoris pour obtenir dix voix qui chantent soit ensemble soit en alternatim. Dans la musique qu’il a écrite pour les Tunes for Archbishop Parker’s Psalter (Airs pour le psautier de l’Archevêque Parker), nous avons le prototype du cantique anglais (English hymn), alors que dans la musique du psaume 119, nous pouvons voir les prémisses de ce qui deviendra plus tard le “chant anglican”. L’invention de ces nouvelles formes musicales justifie pleinement le titre de “père de la musique d’église anglaise” qu’on décerna à Tallis.
Puisque Tallis devait continuer à écrire de la musique anglicane sous le règne d’Élisabeth après l’intermède du retour au catholicisme, il n’est pas toujours facile de distinguer sa musique édouardienne de celle de la période suivante. Trois cantiques anglais, cependant, sont vraisemblablement édouardiens, Remember not O Lord God, Hear the voice and prayer et If ye love me, puisqu’on les retrouve dans chacune des deux sources importantes de la musique anglicane primitive que sont les Wanley et Lumley partbooks. C’est aussi vrai du cantique Blessed be the Lord God of Israel (Benedictus). S’il n’y avait une version ancienne de son texte, le Te Deum for meanes pourrait aussi passer pour une œuvre un peu plus tardive. Tallis utilise (ou invente) la forme du “Grand Service” avec un chœur à cinq parties partagé en deux demi-chœurs (mean = milieu, moyen, d’où le titre for meanes), et il utilise ce chœur in alternatim ou ensemble pour doter ce texte long et difficile d’une musique très efficace à la texture somptueuse.
La mort d’Édouard VI en 1553 fit accéder au trône la reine Marie. Elle était la fille aînée d’Henri VIII et de sa première épouse, Catherine d’Aragon. Élevée dans la religion catholique elle lui resta fidèle, vivant dans la discrétion sous le règne d’Édouard VI. Serviteurs loyaux de la couronne, Tallis et la Chapelle Royale revinrent au rituel catholique de Sarum.
Dans le but d’assurer l’avenir catholique de l’Angleterre, deux choses étaient immédiatement nécessaires : un mari et un héritier mâle. Marie épousa Philippe d’Espagne en juillet 1554 à la cathédrale de Winchester. Elle se persuada bien vite d’avoir conçu un fils, et on se réjouissait de plus en plus à l’approche de Noël. En écho, probablement sur commande royale, Tallis composa sa Messe Puer Natus est Nobis. La présence du chœur de la Capilla Flamenca adjoint par Philippe à la Chapelle Royale signifiait que les ressources étaient doublées lorsque les deux chœurs étaient réunis. Tallis en profita pour écrire sa messe pour sept parties. Le cantus firmus, Puer natus est nobis sert d’introït à la grande messe de Noël, et le texte A boy is born to us, and a son is given to us whose government shall be on his shoulders (un garçon nous est né, et un fils nous est donné qui portera sur ses épaules le poids de notre gouvernement) prenait bien sûr un sens très particulier en cette occasion.
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