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La famille de Carissimi était originaire de la région des Apennins située entre l’Ombrie et les Marches : elle provenait de la petite localité de Castel San’Angelo di Visso, comme l’a établi l’un des principaux spécialistes du compositeur, Lino Bianchi. Un document atteste de l’émigration du grand-père de Giacomo (appelé Carissimo) vers les douces terres des coteaux du Latium : en 1553 il achète à Marino un terrain planté de vignes. Et c’est précisément l’un des plus anciens métiers nécessaires à la commercialisation du vin qui figure comme étant l’occupation des enfants du grand-père Carissimo, parmi lesquels Amico, père de Giacomo : le “copellaro”, c’est-à-dire celui qui fabrique les grands récipients de bois dans lesquels est versé et conservé le vin, l’excellent vin des châteaux romains. En 1595 Amico, alors âgé de 47 ans, épousa Livia di Prospero, et leur sixième fils serait baptisé le 18 avril 1605 sous le nom de Giacomo, ou plus exactement “Iacomo”. Nous ne savons pas qui lui inculqua ses premiers rudiments de musique, les premiers témoignages nous le montrant, déjà âgé de 18 ans, chanteur à la cathédrale de Tivoli, et c’est de quelques mois plus tard, en octobre 1624, que date sa nomination comme organiste de cette même église. A partir de 1627, le maestro di cappella de Tivoli fut Francesco Mannelli, qui jouera un rôle de premier plan dans la création du premier théâtre d’opéra de Venise, le San Cassiano. En 1627, la renommée du jeune musicien de Marino devait avoir déjà dépassé les limites de sa région, puisque le vicaire apostolique d’Assise l’appela pour occuper le poste de maître de chapelle de la cathédrale dédiée à San Ruffino dans la ville de saint François. Dans les archives de l’église est conservé le témoignage du profond intérêt de Carissimi pour la musique de Palestrina ; on y trouve en effet la copie, peut-être écrite de sa propre main, de la Missa ad fugam, résumé de la science contrapuntique du XVIe siècle. Les archives administratives du Capitole apportent des témoignages sur des aspects de la vie quotidienne du maître, comme le fait qu’il ne buvait pas d’alcool (c’est du moins ce qu’on peut déduire de l’échange du vin prévu dans son contrat contre de l’argent ou d’autres types d’aliments), qu’il était aimé et respecté par le Capitole dont il recevait de généreuses Recreationi (on dirait aujourd’hui : primes de production) en pain, bougies, ou argent. La Chapelle de la cathédrale connut certainement sous la direction de Carissimi une période de grande splendeur, comme en témoigne l’emploi de chanteurs célèbres tels que Leonelli (connu comme “la basse de l’Ombrie”) ou Giambattista Bovicelli, originaire d’Assise, auteur de l’un des plus célèbres traités sur l’art de la diminution. C’est probablement à l’occasion d’une fête dédiée à saint Ruffino – célébrée tous les ans le 11 août – que le père jésuite Castorio, recteur du Collège Germanique de Rome, appelé à Assise pour prêcher, dut se rendre compte de l’extraordinaire talent du maître local. C’est en effet le recteur lui-même qui souhaita le faire venir à Rome. C’est ainsi que se termina au début de 1630 la brève expérience de Carissimi à Assise, et qu’il occupa le poste qu’il conserverait toute sa vie, celui de Maestro di cappella du Collegium Germanicum Hungaricum et de l’église annexe de Saint-Apollinaire.
Le Collège Germanique, fondé et dirigé par les Jésuites, fut créé en 1552. Il revêtit une grande importante, étant reconnu comme le modèle des séminaires, les lieux de formation institués pendant le Concile de Trente pour les futurs prêtres catholiques. Le Collège était un endroit célèbre dans toute l’Europe, et la formation musicale était l’un de ses pivots pédagogiques. Les noms prestigieux des maîtres de chapelle qui se succédèrent à ce poste justifient la renommée de la musique composée à Saint-Apollinaire, comparable à aucune autre église de Rome. Il suffit de citer Tomás Luís de Victoria, Agostino Agazzari, Giacomo Carissimi.
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