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On ne sait toujours rien de certain sur ses origines familiales, mais son année de naissance, 1563, peut être assez solidement établie d’après ses propres écrits. Dans l’Adresse au Lecteur de A Pilgrimes Solace (Consolation du Pèlerin) publiée en 1612, Dowland écrit : “J’ai entamé la cinquantième année de mon âge”, et il corrobore l’information en indiquant ailleurs qu’il est né trente ans après la publication de l’ouvrage de Hans Gerle sur la tablature du luth, lequel date de 1533. Thomas Fuller, dans The History of the Worthies of England (Histoire des grands hommes d’Angleterre, 1662), affirme que Dowland est né à Westminster (Londres), mais son bref récit de la vie du compositeur contient tant d’erreurs qu’il faut traiter son témoignage avec la plus grande réserve. Au début du XXe siècle, le compositeur et universitaire H. Gratton Flood avance la théorie selon laquelle Dowland serait originaire de Dalkey, dans le comté de Dublin ; mais ses arguments peu convaincants et souvent mal étayés ont été depuis largement écartés par des travaux plus récentsi.
Qu’il ait étudié la musique très jeune, c’est encore lui-même qui nous le dit2, mais la nature de ses études et l’identité de son ou de ses professeurs restent obscures. Il est probable que selon la coutume du temps il ait fait son apprentissage auprès d’un noble protecteur, théorie qui s’appuie sur le fait qu’en 1580, au service de Sir Henry Cobham, il accompagne celui-ci dans son ambassade à Paris auprès du roi de France. Paris a sans doute à l’époque bien des attraits pour le jeune musicien : la capitale française peut en effet se vanter d’avoir certains des meilleurs professeurs et joueurs de luth d’Europe, en particulier Adrien Le Roy dont la méthode de luth est largement utilisée en Angleterre. A la cour de France, Dowland a probablement l’occasion d’entendre les airs et les danses qui jouent un rôle important dans les “masques”, et dont la fluidité mélodique contribue à forger son style. Une autre influence qui, comme nous le verrons, va avoir des conséquences moins favorables, a été sa conversion au catholicisme pendant ce séjour parisien.
On ne sait pas exactement quand Dowland rentre en Angleterre, mais la plupart des spécialistes pensent qu’il reste à Paris environ quatre ans. Pour trouver d’autres éléments concrets sur le jeune luthiste, il faut attendre l’année 1588 où on le voit clairement établi à Oxford. Cette année-là, l’universitaire John Case cite Dowland dans son Apologia musices comme l’un des principaux musiciens du temps, et en juillet, juste au moment où l’Angleterre attend avec appréhension l’arrivée de l’Armada espagnole, il est reçu Bachelor of Music par le collège de Christ Church à Oxford. Pour recevoir ce diplôme il doit souscrire aux 39 articles de l’Église anglicane ; il est donc obligé de rester discret sur sa conversion au catholicisme, situation étrange si on considère que le pays est peut-être à la veille de redevenir catholique ! Le 17 décembre 1590, on apprend pour la première fois qu’une composition de Dowland est chantée à la cour d’Élisabeth Ire : une version de la chanson His golden locks time hath to silver turn’d (Ses boucles dorées, le temps les a argentées) est apparemment chantée sur la lice à l’occasion des cérémonies qui marquent la retraite de Sir Henry Lee comme champion de la reine. Deux ans plus tard Dowland joue un petit rôle dans un divertissement organisé pour la reine à Studeley Castle, avec sa chanson My heart and tongue were twins (Mon cœur et ma langue étaient jumeaux).
Quelque temps auparavant Dowland s’est marié, mais on ne sait à peu près rien de sa femme, pas même son nom. Le fait qu’elle ne l’accompagne dans aucun de ses voyages par la suite amène Diana Poulton à suggérer qu’elle ne joue pas un grand rôle affectif dans sa vie. Quoi qu’il en soit, on sait qu’ils ont eu des enfants, même si nous n’avons d’informations que sur un fils, Robert, dont les documents de mariage indiquent qu’il est probablement né en 1591. Il va lui-même devenir musicien, et on le connaît surtout aujourd’hui pour son recueil A Musicall Banquet (1610), compilation qui comporte entre autres des chansons de son père (parmi lesquelles la meilleure, In darkness let me dwell – Dans l’ombre laissez-moi demeurer) et des arrangements pour luth de compositeurs comme Pierre Guédron.
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