Tomaso : le vénitien méconnu Albinoni, compositeur, biographie, discographie
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Tomaso Albinoni: le vénitien méconnu
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COMPOSITEURS
Albinoni, Tomaso : le vénitien méconnu
COMPOSITEURS
TOMASO ALBINONI: LE VÉNITIEN MÉCONNU
En 1708, lorsque la corporation des peintres et des imprimeurs de Venise réclamera à Tomaso le règlement d’une cotisation impayée en sa qualité de maestro, son père répondra d’ailleurs officiellement que son fils s’est retiré de l’activité familiale. Le dilettante a alors définitivement embrassé la carrière artistique : symboliquement, c’est également en 1705 qu’il a scellé de manière intime son union avec la musique en épousant la soprano véronaise Margherita Raimondi, surnommée la Salarina. La future Madame Albinoni est alors âgée d’une vingtaine d’années et a entamé sa carrière six ans plus tôt, chantant notamment au Teatro Vendramin de Venise dans des opéras de Draghi et de Ziani. Elle donnera sept enfants à son époux puis poursuivra sa carrière à compter de 1714, d’abord sous le nom de Margherita Raimondi Albinoni puis sous celui de Margherita Albinoni, signe probable de la renommée croissante du patronyme… Chantant sur différentes scènes d’Italie du Nord mais aussi à Munich, parfois aux côtés de virtuoses illustres comme Senesino ou Vittoria Tesi, elle se produira au moins une fois dans un opéra d’Albinoni, en interprétant le rôle d’Elpidia dans I rivali generosi, représenté à Brescia en 1725. Sa mort, à l’âge de 37 ans, mettra un terme brutal à cette carrière. En 1709, année du décès de son père, Albinoni renonce officiellement au titre de dilettante. Pour autant, il n’endossera jamais les habits d’un véritable musicien professionnel et conservera toujours un statut atypique, en marge de la vie musicale vénitienne. A la différence de ses illustres confrères et compatriotes Vivaldi, Gasparini, Lotti ou Porta, il n’occupera jamais de charge officielle dans une institution de la ville même si, en 1743, son nom sera proposé (sans succès toutefois) face à celui de Porpora, lors de la succession d’Antonio Pollarolo, au poste de maestro di coro à l’Ospedale dei Derelitti. De même, il n’appartiendra jamais à aucune corporation professionnelle, notamment celle de l’Arte de’ Sonadori qui comptait parmi ses membres Vivaldi père et fils, et se privera ainsi de la possibilité, pourtant économiquement capitale pour un musicien indépendant, de se produire en public. Il est vrai que la situation patrimoniale favorable ayant entouré ses débuts devait lui permettre de se positionner ostensiblement à distance des chemins officiels, et de se forger un statut sui generis de compositeur indépendant, vivant non seulement de ses fonds propres mais surtout, lorsque ceux-ci se furent taris à la suite du déclin rapide de l’entreprise familiale et de sa liquidation en 1721, de la vente de ses œuvres et de ses engagements comme compositeur d’opéras. C’est dans ce contexte original qu’Albinoni poursuit une intense activité de compositeur instrumental, publiant entre 1707 et 1735 six nouveaux opus instrumentaux. Ses œuvres, éditées par le fameux imprimeur Roger à Amsterdam à partir de l’opus 6, lui assurent rapidement une solide réputation européenne. En Allemagne tout d’abord, où Bach lui-même a connaissance de ses publications et transcrit plusieurs concertos de l’opus 1. La célébrité d’Albinoni en terres germaniques est d’ailleurs si grande qu’au début des années 1720 un imposteur sillonne la région en se faisant passer pour lui, vendant probablement sous son nom quelque unes des nombreuses compositions aujourd’hui préservées en Europe du Nord et dont la musicologie moderne a établi le caractère apocryphe… Le succès du Vénitien en Angleterre est également intense. La faveur rencontrée par ses opus publiés par l’éditeur Walsh y est telle qu’un demi siècle plus tard, en 1789, Charles Burney fera encore état de leur réputation dans sa General History of Music. Dans le domaine lyrique, Albinoni mène également une carrière au pas de charge et ses opéras se succèdent sans relâche sur les scènes vénitiennes mais aussi à travers toute l’Italie. Comme pour Vivaldi, l’inventaire précis de son catalogue théâtral fait certes débat, l’incertitude résultant tout à la fois de la déperdition des sources, de la difficile distinction entre créations et reprises, et de la tendance commune des compositeurs et des chroniqueurs de l’époque à l’exagération ou à la forfanterie… L’auteur anonyme d’une “Dissertation critique” publiée dans le Mercure de France du mois de décembre 1731 rapporte ainsi une conversation avec Albinoni au cours de laquelle le musicien aurait revendiqué la paternité de plus de deux cents opéras, tous composés en moins d’un mois… Apocryphe ou non, cette confidence doit être rapprochée de la revendication officielle par Albinoni d’au moins quatre-vingts opéras, chiffre mentionné dans le livret de la Candalide de 1734, son avant-dernier dramma per musica. Quoiqu’il en soit, le décompte scrupuleux opéré par Michael Talbot permet aujourd’hui de rattacher à Albinoni au moins 53 opéras composés entre 1694 et 1741, dont l’existence et la paternité sont attestés au moyen de livrets, de partitions ou d’airs séparés, ce chiffre excluant néanmoins probablement un grand nombre de reprises. Libre de tout engagement officiel, Albinoni n’en tisse pas moins un réseau étroit de relations privilégiées avec de nombreux mécènes, issus de l’aristocratie ou du corps diplomatique, son origine sociale et son statut singulier ne pouvant que favoriser son accueil par cette clientèle privée, séduite par ses talents de compositeur et de violoniste. Sa réputation de virtuose est d’ailleurs attestée dès 1703 par une mention du livret de son opéra Griselda qui le désigne comme “célèbre joueur de violon” et il est donc probable que très tôt, les portes des palais vénitiens se sont ouvertes devant lui, notamment pour des récréations musicales devant un cercle restreint de privilégiés. Les liens du compositeur avec l’aristocratie vénitienne sont en outre objectivement établis par plusieurs dédicaces de ses opus instrumentaux, tandis que sa connexion avec les cours étrangères et les milieux diplomatiques semble avérée dès le début du XVIIIe siècle avec la probable commande par la cour du roi Charles III d’Espagne de la fête pastorale Il nascimento dell’Aurora, composée à l’occasion de l’anniversaire d’Elisabeth Christine, futur épouse du roi3. En 1724, c’est pour l’ambassadeur d’Autriche à Venise, le comte de Colloredo-Wallsee, qu’Albinoni compose sa sérénade Il nome glorioso in terra, santificato in cielo, dédiée à l’Empereur à l’occasion de sa fête, le 4 novembre. Entre temps, le musicien a établi un autre contact prestigieux avec la cour de l’Électeur de Bavière et a ainsi l’honneur d’être choisi comme principal compositeur invité lors des grandes festivités données à Munich à l’occasion des noces du Prince-Électeur Charles-Albert de Bavière et de la princesse Marie Amélie d’Autriche le 5 octobre 1722. Le Vénitien se voit alors commander à la fois l’opera seconda de la saison festive, I veri amici, mais également Il trionfo d’amore, “composition poétique pour servir à un carrousel de deux équipes, l’un de guerriers romains et l’autre de guerriers grecs”…
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