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D’autant que le métier de Van Dyck est d’une surprenante mais pertinente discrétion. Le peintre offre à son modèle, une image sublimée, propre à satisfaire ses aspirations tout en s’accordant à l’humaine vérité de son apparence : portrait chaleureux et glorieux, familier et héroïque, proche et monumental. Le cadrage descend bas, il élève la stature de l’homme et lui confère une magnificence silencieuse. Le style du peintre est réservé, “élitiste”, — n’est-il pas le peintre du Roi mais d’une autre façon que Gaultier ? Le pinceau souligne l’expérience du portraitiste dont le génie rend hommage à Titien, auteur de l’homme au gant (Paris, musée du Louvre) : semblable raffinement dense et allusif, même sobre élégance, même justesse atténuée de la facture, même restriction des couleurs. Presque un monochrome dont la sublime texture est façonnée par la douceur des modelés, l’intelligence des nuances et des tonalités vaporeuses. La matière du costume se fond dans l’ombre. Van Dyck excelle à restituer dans la pâte riche et légère, ce beau métier flamand, opulent et onctueux, la foisonnante plasticité des matières : chair palpitante des mains et du visage, grain et brillance des tissus, poignées et col de la chemise, masse noire si mouvante du costume.
Tant d’art rejoint la maestria de Titien, par son efficacité mesurée et sa distinction, — suprême marque de noblesse —. Van Dyck dans sa maturité est plus titianesque que rubénien. Son italianisme volontaire et subtil, célèbre le talent de Gaultier comme il marque aussi dans l’évolution de la touche, ce qui le distingue définitivement de l’opulence théâtrale, voire tapageuse, de Rubens.
L’acuité analytique de Van Dyck s’accomplit dans cet instantané. Rien n’est laissé au hasard. A l’oblique dynamique du chitarone répond, en opposition, la direction du bras gauche. L’énergie du portrait irradie de sa source : le visage. Sa texture chaude et lumineuse dit le feu de la musique, une hypersensibilité curieuse, sanguine, nerveuse. La fixité agissante des pupilles aiguisées, l’arabesque dessinée des sourcils, l’accent spontané des moustaches oeuvrent pour l’expressivité mordante de Gaultier dont le peintre a capté sous l’ambition du musicien, l’intelligence de l’homme.
N’est-ce pas par ces indices ténus —vivacité et non exubérance du sujet, élégance experte du peintre, que se profile l’anoblissement du modèle ?
Le chant baroque, comme un hymne original qui porterait et l’ambition du peintre et celle du musicien, dispense sa précieuse vérité : âge de la passion, période où la voix soliste s’impose, voilà que paraît l’avènement des aspirations de l’individu. L’ardeur du modèle, l’exceptionnelle réserve du pinceau, oeuvrent pour une ambition partagée : le statut de l’artiste, soucieux de titres, de dignité, de prérogatives. Musicien et peintre affirment leur sensibilité. L’art est une intention qui veut émouvoir pour convaincre. Séduire le commanditaire, plaire à l’amateur : susciter commandes, reconnaissance et gloire.
Hélas aucun disque de Gaultier n’est paru à ce jour. Pour vous guérir de cette injuste frustration, savourez la musique du plus grand théorbiste français bien qu’il soit né après la mort de Van Dyck, Robert de Visée par Hopkinson Smith (théorbe). Astrée E 7773
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