Le chant de la Sibylle
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LE CHANT DE LA SIBYLLE
Au-delà de la première moitié du XIe siècle, et en marge des vers de la Sibylle, seule une pièce à thème scatologique semble s’être conservée. Il s’agit d’une prose avec refrain qui glose le texte de l’Apocalypse, et dont chacune des vingt-quatre strophes commence par une lettre différente. Elle débute par un lugubre avertissement, « Audi tellus audi magni maris limbus » (Terre, écoute! Frange de l’immense mer, écoute !) et elle est copiée pour la première fois à la fin d’un livre des Epîtres du Xe siècle provenant de l’abbaye d’Aniane, dans le Languedoc (Montpellier, Bibl. Municipale, lat.6). La mélodie, d’une grande sobriété, varie légèrement d’une strophe à l’autre, s’adaptant à la longueur différente des vers. L’ Audi tellus fut connu en Allemagne et également en Espagne, où il figure dans le célèbre Codex Las Huelgas avec une musique différente. Aucun des manuscrits qui le transmettent ne lui accorde une position concrète dans la liturgie, bien qu’il soit possible qu’il ait survécu grâce à son adéquation au service des défunts, où pouvaient et peuvent encore continuer à être évoquées les craintes de l’homme face au Jugement dernier, sans que le thème ne perde jamais de son actualité pour le croyant. En fait, la prose de l’ Audi tellus fut probablement à l’origine d’une séquence dont les deux premiers vers coïncident avec les siens, et qui était encore interprétée au XVe siècle « in officio mortuorum ». Son histoire fut interrompue à partir du Concile de Trente, qui supprima de la liturgie toutes les séquences, à l’exception de quatre d’entre elles. Parmi celles-ci figure le Dies iræ de la Messe des défunts, attribué à Thomas de Celano (mort vers 1250).

Il semble que le texte aussi bien que la musique du Dies iræ dérivent d’un fragment du livre de répons Libera me, Domine, bien que le texte se rattache également à des vers du prophète Sophonie décrivant le jour du Jugement (So I.15-16). Ces vers ont également un certain rapport avec ceux de l’une des strophes des Versus de die iudicii, leur auteur les ayant probablement tirés du prophète biblique. C’est précisément dans le Dies iræ qu’apparaît l’ unique mention qui soit faite du personnage de la Sibylle dans toute la liturgie chrétienne postérieure au Concile de Trente, dans une brève allusion aux vers scatologiques de la Sibylle Erythraea, dont le témoignage prophétique fut rattaché par Celano au psaume 18 du roi David. La mention correspond à la première strophe, dans laquelle résonnent les échos de la mélodie du Libera me Domine : « Dies iræ, dies illa, solvet sæclum in favilla : Teste David cum Sibylla » (Jour de colère ! Ô ce jour ! Les temps s’en vont en cendres, selon le témoignage de David et de la Sibylle).

Histoire de la Sibylle

L’ histoire de la façon dont le personnage païen de la Sibylle Erythraea parvint à se faire une place dans l’univers chrétien est très curieuse. Dans la Grèce antique, on donnait le nom de « sibylles » à une série de personnages féminins dont la principale occupation était de deviner l’avenir à partir des phénomènes de la nature. Il semble que la première ait été d’Erythrée, mais leur nombre se multiplia rapidement, et leur réputation s’étendit jusqu’aux temps de l’Empire romain. La légende veut qu’à une certaine occasion la Sibylle de Cume offrit à Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome (534-510 av. J.C.) des livres dans lesquels avaient été recueillies les prophéties de la Sibylle Erythraea. Dans un premier temps le monarque les refusa, mais il finit par les emporter à Rome et les déposa au Capitole. Il y restèrent jusqu’à l’incendie survenu en 81 av. J.C., qui les détruisit. Des années plus tard, on parvint à en récupérer une partie, mais finalement l’empereur Honorius (395-423) les fit détruire.

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