La Vienne de Fux
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La vie musicale

La vie musicale de la ville était entièrement concentrée autour de la cour, qui reflétait les goûts musicaux des souverains successifs, lesquels entretenaient une importante suite de musiciens. En 1705, dernière année du règne de Léopold, il y avait plus de 150 musiciens employés à la cour, chiffre qui, en dehors d’un bref intermède, peut probablement être considéré comme correspondant à la moyenne de cette époque. Etant donné la prédilection de l’empereur, la grande majorité des musiciens de la cour étaient italiens. Au tournant du siècle, la mort de Draghi imposa certains changements qui donnèrent lieu à la promotion de son remplaçant Antonio Pancotti au poste de Kapellmeister, et à l’engagement d’un autre Italien, Marc’ Antonio Ziani comme vice-Kapellmeister. Parmi d’autres musiciens italiens importants à la cour à cette époque se trouvaient Giovanni Bononcini et Carlo Agostino Badia, auxquels se joignit en 1701 Francesco Bartolomeo Conti, l’un des plus grands théorbistes de son temps, et qui deviendrait le compositeur d’opéras favori de la cour. En 1712, Ziani fut également promu. La domination de ce poste par les Italiens ne prit fin qu’avec la désignation de Fux comme Kapellmeister en 1717.

Les obligations de cette vaste et impressionnante troupe de musiciens étaient de trois types ; fournir de la musique pour la chapelle de la cour, représenter des opéras et des oratorios, et fournir de la musique pour accompagner les dîners publics solennels les dimanches et autres jours particuliers. Bien qu’un grand nombre d’opéras de cour datent de la période en question, les possibilités de les représenter étaient limitées à la mise en scène d’une œuvre pour la saison du Carnaval en janvier et février, et les jours de l’ anniversaire et de la fête de l’ empereur et de son épouse. Ces dernières représentations avaient lieu dans le théâtre principal de la Hofburg, une salle luxueusement décorée qui avait été totalement réformée à la fin du siècle précédent à partir de la Tanzsaal par Francesco Galli-Bibiena, fondateur de la très influente famille d’architectes et de scénographes. Ce sont les décorations scéniques à l’architecture grandiose des Galli-Bibiena, indissociablement liés à l’essor de l’ opera seria, qui allaient transformer la mise en scène des opéras à Vienne et dans toute l’Europe. A ce qu’on rapporte, ces productions étaient réalisées « A grands frais, et représentées, selon les connaisseurs, avec une magnificence telle que Londres et Paris n’en avaient jamais vue ». Curieusement, les représentations de ce qu’on appelait les « jours de gala » n’étaient données qu’une seule fois. Un compositeur chargé de faire un opéra de Carnaval, qui était représenté dans le théâtre de la Hofburg, de taille plus réduite, pouvait donc espérer que son œuvre serait vue et entendue par une plus vaste audience, car on en donnait plusieurs représentations. Les commandes d’opéras, tant pour le Carnaval que pour les « jours de gala » étaient très recherchées, et n’étaient absolument pas limitées aux musiciens de la cour, parmi lesquels on comptait plusieurs femmes, l’ une d’elles étant la Romaine Camilla de Rossi, dont quatre oratorios furent représentés durant le règne de Joseph Ier. L’ un, Il Sacrificio d’Abramo (1708), a été enregistré. Quelques années plus tard, Pallade e Marte (1713), de Maria Margherita Grimani, fut le premier opéra de cour composé par une femme à être représenté à la Hofburg.

Musique sacrée

La musique sacrée occupait une place encore plus importante dans la vie de la Hofburg, en particulier sous les règnes du pieux Léopold Ier et de son second fils, Charles VI, qui devint empereur en 1712. L’ ensemble du calendrier de la cour était en fait organisé en fonction de l’année liturgique catholique romaine, chaque année étant témoin de la même suite de célébrations et de dévotions religieuses. Les processions religieuses jouaient un rôle important, et des observateurs contemporains rapportent que la cour impériale surpassait l’ Italie dans ce domaine. Le noyau principal de ces dévotions se concentrait autour de Pâques, au grand étonnement de certains visiteurs plus mondains venus à la Hofburg. En 1726, le Duc de Richelieu se sentit dans l’obligation de manifester son malaise après avoir déclaré qu’il avait passé plus d’une centaine d’heures à l’église avec Charles VI entre le dimanche des Rameaux et le lundi de Pâques, ce qui selon lui ne pouvait convenir qu’ « aux moines les plus résistants ». Il n’est pas surprenant que le moment de plus grande activité musicale ait été le Carême. Tous les dimanches pendant cette période avait lieu l’interprétation d’un oratorio ou d’ un sepulcro, genre qui fut propre à la cour de Vienne. Le sepulcro remonte à l’époque de Ferdinand III, et il tire son nom du premier acte d’un drame religieux dans lequel le sépulchre du Christ était d’abord présenté couvert de velours noir. Pendant l’ introduction orchestrale, celui-ci était retiré pour montrer le sépulchre, et les actes restants étaient également mis en scène. A l’ origine, les personnages des sepulcri étaient tous allégoriques, mais plus tard des personnages bibliques furent également introduits, qui finirent par s’imposer totalement à mesure que cette forme se différenciait de moins en moins de l’oratorio.

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