La Vienne de Fux
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Les musiciens attachés à la cour impériale étaient donc bien occupés, en particulier dans la mesure où il était rare que l’ on fasse appel à des interprètes de l’extérieur. Les postes principaux étaient également, pour cette époque, bien rémunérés. Mais une tout autre affaire était quand ils étaient payés. Les souverains Habsbourg de cette époque aimaient peut-être la musique, mais les musiciens qui les servaient, tout comme les fonctionnaires de la cour et les soldats au service de l’ empire, subissaient fréquemment des retards dans le paiement de leurs salaires, dus à la situation d’ impécuniosité des finances impériales. Les réclamations d’arriérés sont un sujet fréquent tout au long de cette période. Et il semble qu’ ils aient même parfois dû aller plus loin. Un rapport datant de 1690 indique que dans certains cas, lorsqu’ils n’étaient pas payés, les musiciens se mettaient en grève.

Il n’y avait guère de possibilités de compenser les salaires arriérés en dehors des limites de la Hofburg. D’ailleurs, l’un des aspects les plus curieux de la vie musicale de Vienne à cette époque est l’absence presque totale d’informations concernant la musique en dehors de la cour. Malgré l’existence d’une aristocratie de plus en plus aisée et puissante, le mécénat musical semble avoir été jalousement contrôlé par la cour. Cela est peut-être dû en partie à la relation particulière qui existait entre la noblesse et la cour, et qui impliquait un degré d’interdépendance mutuelle qu’on ne trouvait nulle part ailleurs en Europe.

Essor architectural

Alors que l’aristocratie de l’ empire n’était apparemment pas désireuse d’empiéter sur les prérogatives impériales en ce qui concernait le mécénat musical, il en allait tout autrement pour l’architecture. Au lendemain de la levée du siège turc en 1683, la grande alliance européenne qui avait contribué à atteindre cet objectif fit reculer l’ influence turque de plus en plus loin vers l’ est. En 1690, l’empire des Habsbourg jouissait d’ une sécurité qu’il n’avait pas connue depuis des décennies. Le résultat en fut un sentiment nouvellement découvert de confiance et d’ orgueil national qui se manifesta à travers l’ un des plus grands essors architecturaux que l’on ait vu dans l’ Europe antérieure au XXe siècle. A l’ intérieur comme à l’extérieur des murs de la ville, les nobles, dont beaucoup s’étaient enrichis avec les butins de guerre, rivalisaient entre eux pour construire ou reconstruire des palais et des résidences champêtres toujours plus grandioses et magnifiques. Cette débauche frénétique d’édification fut à peine interrompue lors de la Guerre de Succession d’Espagne, qui occupa une grande partie du court règne de Joseph Ier (1705-1711), le fils aîné de Léopold Ier. Le bâtiment le plus spectaculaire fut le Belvédère, construit pour le plus grand héros militaire autrichien, le Prince Eugène de Savoie, par Jean-Luca von Hildebrant (1668-1745), l’ un des deux grands architectes qui dominèrent la construction de la Vienne baroque. Conçu à l’origine en 1704 comme une modeste résidence avec jardin, le Belvédère augmenta de taille, jusqu’à devenir deux splendides résidences, le Belvédère inférieur (construit entre 1714 et 1716), et le Belvédère supérieur (1721-1722), reflétant la fortune et l’ honneur croissants de leur propriétaire. L’ histoire de Schönbrunn illustre bien le fait que la monarchie, limitée par l’ argent, et qui avait généreusement récompensé Eugène pour ses remarquables succès militaires, ne pouvait lui faire concurrence. Le palais fut conçu à l’origine sur une échelle grandiose, comme émule impérial de Versailles, par le grand rival d’ Hildebrant, Fischer von Erlach (1656-1723), mais les travaux de Schönbrunn commencèrent en fait en 1696 en forme de pavillon de chasse plus modeste pour le prince Joseph. Bien que Joseph ait agrandi le palais lorsqu’il était empereur, celui-ci fut abandonné par Charles VI, et ce n’est qu’après l’accession au trône de Maria Theresa en 1740 qu’il fut terminé.

La mort de Joseph Ier à l’âge de 33 ans, en 1711, à la suite de la variole, porta sur le trône un autre prince qui ne s’attendait pas à gouverner la branche autrichienne de la dynastie. En réalité, l’archiduc Charles avait de bonnes raisons de penser qu’il gouvernerait l’Espagne, une ambition qui de toute façon se vit frustrée par l’issue confuse de la guerre. Pendant l’ interrègne qui suivit la mort de Joseph, l’ empire fut gouverné par l’impératrice douairière Eleanora Magdalena, mère de Joseph et de Charles. Sous son autorité, l’extravagance de la cour fut limitée, et parmi ses édits, il s’en trouve un qui réduit à un nombre moins dispendieux la quantité de musiciens employés à la cour. Il fut décidé que 24 chanteurs (six pour chaque partie) étaient suffisants pour répondre aux besoins de la cour, le nombre d’instrumentistes s’étant également trouvé réduit à 53 à la fin de 1712. Alors que les chiffres permettent de penser que Charles VI semble avoir adhéré à l’édit de sa mère dans les premiers temps suivant son couronnement comme Saint Empereur Romain en décembre 1711, ils ont ensuite progressivement augmenté à nouveau, et dans les années 1720 ils dépassaient largement la centaine.

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