Le nouvel instrument fut rapidement adopté dans les cercles de la cour de Naples. Là, il devint habituel de le tenir verticalement. On y ajouta un chevalet bombé afin de permettre de jouer d’une seule corde à la fois et donc de jouer des mélodies aussi bien que des accords. Rapidement, les luthiers commencèrent à offrir ces agréables instruments dans un choix de tailles différentes (dessus, ténor, basse et contrebasse) et à orner le chevillier de têtes sculptées représentant des amis, des personnages de l’Antiquité, parfois même des animaux. Suivant cette tradition, l’ une de nos basses de viole, réalisée par Judith Kraft, luthière installée à Paris, en a une représentant mon fils Thomas, qui à treize ans est un luthiste plein d’avenir. Les instruments étaient parfois peints, avec des rosettes ornées comme les luths, ou avec la table, le dos ou la touche sculptés, ou décorés de marquetterie.
L’ archet de la viole se tient toujours paume vers le haut, comme l’était celui de son ancêtre, le rabâb, et avec l’ ancestrale technique de la main gauche de la vihuela et du luth. Au cours de sa longue histoire, l’instrument a pu avoir, dans les différents pays, de quatre à huit cordes, normalement en boyau, accordées de différentes façons, et pourvues de frettes en boyau, généralement au nombre de sept. Comme pour le luth, ces frettes pouvaient être déplacées vers le haut ou vers le bas le long du manche de l’ instrument, si bien qu’on pouvait en jouer dans différents tempéraments. Certaines violes de la fin du XVIIIe siècle avaient des frettes métalliques incrustées comme la guitare. Cela indique qu’à certains moments la viole utilisait le tempérament égal, comme le fit le luth. Les recherches semblent indiquer que cela a pu être le cas dès le XVIe siècle. En outre, certaines violes anglaises ajoutèrent des cordes sympathiques en métal. A partir du milieu du XVIIe siècle, les violes adoptèrent des cordes en boyau filées de métal pour les cordes graves.
Les ouïes étaient souvent en forme de « C », parfois en « flamme », et souvent, comme l’ont montré des recherches récentes en ce qui concerne de nombreux instruments entre le XVe et le XVIIIe siècle, avec des ouïes en « f » comme les violons. Certaines de ces violes aux ouïes en « f » furent ensuite transformées en violoncelles.
Comme il était relativement facile d’en jouer, les violes devinrent populaires auprès des musiciens amateurs. Les familles l’aimaient : les enfants pouvaient en jouer sur les instruments les plus petits et les adultes sur les plus grands. Une fois que l’on savait jouer d’une taille de viole, on pouvait jouer de toutes. Les tailles étaient très variables : il est fait mention d’un concert donné près de Milan en 1493 où il y avait des instruments « aussi grands qu’un homme ». A la Renaissance, on les utilisait pour accompagner les chanteurs, ou pour interpréter des transcriptions de pièces composées pour d’autres instruments, un peu comme l’épinette « domestique » au début du XXe siècle.
L’ un des premiers livres imprimés pour la viole en solo est le Tratado de Glosas de Diego Ortiz, publié en 1553. Ce livre était conçu pour enseigner aux violistes comment improviser dans un style de division linéaire, car l’ improvisation a toujours été l’une des marques de l’interprétation à la viole. Avec le temps, les virtuoses de la viole ont également improvisé sur de la musique vocale, jouant la partie de la basse, ajoutant des divisions, passant ensuite à l’alto, au ténor ou au soprano. Ce style, connu sous le nom de viola bastarda, était très populaire en Italie. A la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, les compositeurs, parmi lesquels Selma, Bonizzi, Della Casa et Bassani, composaient tous dans le style de la viola bastarda.
La viole en Angleterre
En Angleterre, d’après une note du milieu du XVIIe siècle, d’un certain M. Peacham, « la bière et la viole de gambe sont apparues toutes deux la même année aux temps d’Henry VII ». Quel qu’ait pu être le cas en ce qui concerne leur sobriété, les Anglais adoptèrent avec enthousiasme l’ instrument et la musique pour ensemble de violes, connus sous le nom de consorts, de Byrd, Jenkins, Lawes, Purcell et bien d’autres. Dans les foyers anglais, où l’on se divertissait souvent le soir en faisant, entre amis, de la musique composée par des amis, on pouvait trouver de grands coffres, appelés chests, dans lesquels étaient rangées les violes. L’ un des plus grands plaisirs, pour les violistes modernes, est de trouver de bons musiciens, pour jouer avec une famille complète de violes (chest of viols), parfaitement assorties, du même luthier. Il n’y a rien de plus magnifique !
|
|
|
|