| Parmi tant de musiques qui nous enveloppent et nous accompagnent, où est la musique merveilleuse qui en d’autres temps était capable, entre les mains d’Orphée, de dompter les bêtes féroces et de rendre sensible les hommes les plus brutaux ? Où sont les nouveaux Orphées capables de nous sauver des enfers ? Serait-ce que l’être humain perd de plus en plus cette capacité qu’appréciait tant Shakespeare : écouter la musique ? A aucune autre époque de l’histoire de l’Humanité on n’avait écouté tant de musique, et à aucune autre époque non plus la barbarie quotidienne n’en était arrivée à des extrémités si généralisées et médiatisées. Vraiment, on se souvient des paroles de Bertolt Brecht, « celui qui a un sourire aux lèvres, c’est qu’il n’a pas encore appris les dernières nouvelles ! », qui continuent d’être douloureusement actuelles. Ou bien est-ce que, comme le signalait Strawinski, nous mettant en garde contre le danger d’abrutissement de l’homme, celui-ci, étant de plus en plus passif, peut perdre peu à peu sa sensibilité ? : « Sursaturés de sons, blasés sur leurs combinaisons les plus variées, les gens tombent dans une sorte d’abrutissement qui leur enlève toute capacité de discernement et les rend indifférents à la qualité même des morceaux qu’on leur sert » (Chroniques de ma vie, 1935). |
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