La musique de Vermeer
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LA MUSIQUE DE VERMEER
Muse et musicienne, et compositrice à part entière, Maria Tesselschade flirta quelque temps avec Constantijn puis les deux se lièrent d’une amitié profonde que même la conversion au catholicisme de Maria, qui le contraria pourtant fortement, ne sut entamer. La ténacité de la jeune fille durant leurs discussions est preuve non seulement de sa force de caractère mais aussi de cette indépendance et de cette liberté des femmes hollandaises, un comportement que bien des hommes étrangers notèrent avec divers degrés de malaise et de désapprobation mais que Robert Burton décrivit d’une façon charmante dans L’Anatomie de la mélancolie : « En Frise, les femmes embrassent celui à qui elles lèvent leur verre, et sont embrassées en retour par ceux à qui elles ont bu. Les vierges de Hollande se promènent main dans la main avec les jeunes hommes du pays, glissent sur la glace, libres et innocentes, et logent hors de chez elles sans méfiance…»

Si l’ essentiel de la musique manuscrite de Huygens est aujourd’ hui perdu, nous possédons cependant son Pathodia, Sacra et Profana pour voix, renfermant des mises en musique de textes profanes et religieux en latin, en italien et en français qui témoignent de la grande sensibilité de ce poète musicien. Cette œuvre est dédiée à une autre chanteuse et musicienne, Utricia Ogle, épouse de l’Anglais William Swann (son prénom commémore sa naissance à Utrecht et son nom d’épouse convenait bien mieux aux jeux de mots des vers que Huygens composa en son honneur). Swann, dans ses lettres à Huygens, parle de la famille Duarte : « J’ai entendu Monsieur De Warty et ses filles et ma foi, ils forment un ensemble très harmonieux pour luths, violes, virginals et voix ». Il écrivit de Vienne au sujet de sa femme : «…car à ce jour, je vous l’assure, je n’ai trouvé dans cette ville personne qui la surpasse en voix ou au virginal ». On entrevoit cette dernière dans les post-scriptum tendres et pratiques qu’elle ajoute au bas des lettres de son mari et cette correspondance évoque des séances de musique très proches de ce que nous montrent les peintures de Vermeer. Swann voyageait au nom de Charles II, roi en exil, et c’est dans une autre lettre de Vienne que Huygens entend parler pour la toute première fois de la musique de Johann Jacob Froberger pour laquelle il allait se passionner. Huygens, à son tour, fit peut-être connaître à Froberger la musique de Chambonnières et il transcrivit pour le luth les suites pour clavier de Froberger. Désireux de mettre la main sur d’autres manuscrits de Froberger, il échangea des lettres avec la princesse Sybille de Württemberg, élève et protectrice de Froberger, et ces lettres sont la source essentielle de notre connaissance des dernières années du compositeur.

La métamorphose de la peinture de genre par Vermeer et son ennoblissement d’une forme sans prestige dans la hiérarchie de la peinture à l’époque, correspond plus ou moins dans le domaine musical à l’invention (ou presque) par Froberger de la suite pour clavier où les danses et leurs conventions deviennent un moyen d’expression d’une profonde subjectivité. Dans les deux cas, un art social modeste et convivial voit son moule bouleversé par l’émotion intime et profonde qui l’emplit.

L’artiste de la paix

Si l’on pense à tous les grands artistes depuis la Renaissance, peu sont aussi mal connus que Vermeer ; sa biographie est presque aussi sommaire et sa personnalité aussi mystérieuse que celles de Shakespeare. Les seuls documents que nous possédions concernent sa naissance, son mariage (et sa conversion au catholicisme qui s’ensuivit), la naissance et la mort de ses enfants, deux voyages et deux emprunts, une nomination à la guilde d’ Anvers, une mention dans un poème, son déclin très rapide et sa mort. Les mémoires de l’époque qui font brièvement allusion à deux visites rendues au peintre n’ont aucune valeur personnelle ou anecdotique. Toutes les autres preuves sont indirectes, même si aujourd’hui bon nombre d’entre elles pourraient valoir en justice. On en déduit facilement le nom de ceux qui l’influencèrent (Frans van Mieris, Pieter De Hooch, Carel Fabritius) mais on ne sait pas de qui il fut officiellement l’ élève. Et ses tableaux, bien que spectaculairement limités sur le plan des sujets et de leur traitement, peuvent malgré tout donner lieu à d’infinies conjectures. Avec pour certitude une accumulation de négations : ils ne contiennent ni enfants (bien que le peintre en ait lui-même engendré quinze), ni personnes âgées, ni nus ; quant aux vagues galants des intérieurs de jeunesse, ils ne sont guère mémorables et prennent bientôt congé. D’autres choses aussi sont absentes ; aucun dessin ne nous est parvenu et sous la surface peinte de ses toiles on ne retrouve aucune ébauche préalable, à part le petit trou d’épingle au point de fuite où un fil était attaché : un stratagème auquel recourait l’artiste-peintre pour vérifier la perspective de base.

Parmi les grands peintres figuratifs, Vermeer est très souvent considéré comme l’ancêtre spirituel de l’art abstrait avec ses prétentions d’ objectivité et de supériorité : une tradition qui a souvent invoqué la musique pour idéal.

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