Le chant grégorien
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LE CHANT GRÉGORIEN


Le répertoire fondamental

Le chant de la messe évolua progressivement au long de plusieurs siècles. Au IVe siècle, après la fin des persécutions romaines, les Pères de l’Eglise (en particulier saint Augustin) avaient coutume de prononcer un sermon basé sur l’épître et l’évangile qui avaient été lus, et ils faisaient souvent allusion au psaume qui avait été chanté après l’épître. Un peu plus tard, un psaume fut également chanté pendant que les fidèles recevaient la communion, habituellement le psaume 33 (34), qui contient le verset significatif « Goûte et vois la bonté du Seigneur ». Nos connaissances concernant les siècles suivants sont beaucoup plus limitées, mais au cours des VIe et VIIe siècles, l’introït, le verset de l’ alléluia, le trait et l’offertoire furent ajoutés à la messe. Philippe Bernard et d’autres soutiennent encore une opinion antérieure selon laquelle le trait, un type de plain-chant d’une rare simplicité, aurait été introduit bien plus tôt.

Jusqu’à cette époque, seules les célébrations des principaux mystères de la foi tiraient de la Bible les textes de la messe se rapportant à ce mystère. Ces jours de fêtes comprenaient Noël, l’Epiphanie, la semaine du dimanche des Rameaux à Pâques, l’Ascension et la Pentecôte. Selon James McKinnon, c’est au milieu du VIIe siècle que fut créée la Schola Cantorum romaine. Ce groupe de chanteurs accompagnait le pape dans les liturgies périodiques qu’il célébrait dans trente basiliques différentes de Rome au long de l’année liturgique. McKinnon réfute l’opinion de chercheurs antérieurs qui maintenaient que la Schola était déjà active à l’époque du pape Grégoire Ier, le Grand (590-604), ou même avant, au Ve siècle. Philippe Bernard est de cette dernière opinion, et selon lui la Schola date de près de cent ans avant le pape Grégoire Ier. En 690 déjà, à l’époque du pape Serge Ier, il existait un ensemble systématique de chants du propre pour une grande partie de l’année liturgique. Chaque jour du calendrier, de l’Avent à la Pentecôte, avait ses propres introït, graduel, verset d’alléluia (ou trait pendant le Carême et les quatre-temps), offertoire et communion. Outre les principales fêtes pour lesquelles il existait déjà des chants du propre, un effort soutenu dut être fait pour composer une série de chants. McKinnon a établi que les quatre semaines de l’Avent furent ajoutées au début de l’année liturgique dans la seconde moitié du VIIe siècle. Il en conclut que la Schola romaine composa les chants du propre de l’Avent à cette époque. La composition systématique de chants du propre s’étendit ensuite à l’époque de Noël et de l’Epiphanie, où McKinnon trouve une conception ingénieuse des textes aussi bien que de la musique. Il trouve une conception similaire dans les propres du Carême (une période qui commençait en fait trois dimanches avant le Carême).

Cette minutieuse planification avait déjà été en partie observée par des chercheurs antérieurs. Ainsi par exemple, comme le signalent de nombreux auteurs, les antiennes de la communion pour les messes des jours de la semaine durant le Carême utilisent des textes tirés des psaumes selon l’ordre numérique, commençant avec le psaume 1 le mercredi des Cendres, et terminant avec le psaume 26 le vendredi précédant le dimanche des Rameaux. Mais la série numérique saute tous les jeudis et quelques autres jours. Or, nous savons que vers 720, le pape Grégoire II ajouta au calendrier des messes pour les jeudis du Carême. De toute évidence, la série de vingt-six communions existait donc déjà un certain temps avant cette date. Les propres étaient moins bien organisés de Pâques à la Pentecôte, tandis que les dimanches après la Pentecôte, qui occupent une bonne moitié de l’année, ne disposaient que partiellement de chants.

Il faut ajouter à cela les fêtes des saints, célébrées le jour de leur naissance, qui formaient un cycle séparé. McKinnon signale des similitudes entre les chants des derniers dimanches après la Pentecôte et les chants du cycle des saints. Il suggère que la composition systématique de propres de la messe aurait pris fin vers 690, car c’est vers cette année-là que le pape Serge Ier ajouta au cycle liturgique quatre grandes fêtes de la Vierge (déjà célébrées par l’église d’Orient), ainsi que la messe pour la consécration d’une église. A partir de cette date, les chants de la messe furent fournis par l’emprunt de chants existant déjà, et qui furent utilisés plus d’une fois au cours de l’année. C’est ainsi que furent complétés les jeudis du Carême et la série des dimanches suivant la Pentecôte. Ces chants, au total près de 600 pièces différentes, sont maintenant considérés comme le répertoire fondamental du chant grégorien.

Le chant grégorien
Chapiteau de l’église, monastère de Fitero, Navarre
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