Ailleurs, il remarque que les orgues continentaux sont dépourvus de pédale expressive et que leur transmission est moins délicate que celle des orgues anglais :
Il est tout-à-fait extraordinaire que le mécanisme de jalousies expressives (swell), qui fut introduit en Angleterre il y a plus de cinquante ans, et dont les qualités expressives et les effets agréables peuvent être considérés comme la plus grande amélioration jamais apportée à un instrument à clavier, soit encore totalement inconnu en Italie. De même, la mécanique de l’orgue, que nos facteurs ont tant améliorée, y est resté lourde et bruyante. À ce sujet, je dois encore observer que la plupart des orgues que j’ai vus sur le continent semblent inférieurs à ceux qu’ont construits chez nous Father Smith, Byfield, ou Snetzler, sous tous les rapports, à l’exception de leur taille.
Au-delà des évidents préjugés de Burney en faveur des réalisations de ses compatriotes, ce que de telles remarques révèle est le fait qu’il n’y avait pas d’orgue « Européen » aux XVIIe et XVIIIe siècles. Chaque pays pouvait s’enorgueillir d’un style de facture distinct, et il y avait peu de choses en commun entre les instruments joués par Jean-Sébastien Bach en Allemagne, François Couperin en France or George Frederic Haendel en Angleterre, pour ne nommer que trois contemporains célèbres.
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Il y avait peu de choses en commun entre les instruments joués par Bach en Allemagne, Couperin en France ou Haendel en Angleterre, pour ne nommer que trois contemporains célèbres
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Ceci soulève bien sûr la question intéressante du caractère particulier de chaque école nationale de facture d’orgues, non seulement en ce qui concerne le répertoire, mais aussi pour ce qui est des positions esthétiques, voire idéologiques, révélées par l’une ou l’autre. Ceci est particulièrement frappant dans le cas de l’orgue « classique » anglais, car son développement esthétique est directement lié à un certain nombre de facteurs historiques et philosophiques. Moins bien connu que ses homologues continentaux en raison de sa taille modeste et de son caractère réservé, ainsi que de l’absence de compositeur majeur pour l’instrument (Haendel mis à part, cela va de soi), l’orgue anglais de la fin du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle est un exemple révélateur de la façon dont divers paramètres esthétiques, sociaux et idéologiques parviennent à se conjuguer les uns avec les autres dans l’émergence d’une école musicale et organologique.
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