En Angleterre
On a utilisé l’orgue en Angleterre dès le XIIe siècle. Au XVe siècle, leur emploi s’étendit des cathédrales aux abbayes, prieurés et chapelles des collèges universitaires de Cambridge et Oxford. Quelques grandes églises paroissiales, à Londres en particulier, en étaient même dotées. D’après les sources qui restent, il apparaît que ces instruments étaient de taille plutôt modeste, leur rôle étant essentiellement d’accompagner le chant. Après la Réforme au XVIe siècle, on commença à considérer l’orgue avec suspicion, et on en déplaça ou détruisit un grand nombre partout en Angleterre. Dans les années 1630 à 1640, il y eut un bref interlude de renouveau de la Haute-Église sous l’influence de l’archevêque William Laud. Pendant cette période, de nouveaux orgues furent construits, l’organier le plus célèbre étant alors Robert Dallam. Toutefois, cette embellie fut de courte durée, car, entre 1642 et 1660, les guerres civiles et le Commonwealth qui leur fit suite mirent un terme à la construction d’orgues d’église. En 1644, une « ordonnance des Lords et des Communes » ordonne en effet :
la démolition rapide de toutes les orgues, images et de toute manière de monuments superstitieux dans toutes les cathédrales et églises et chapelles de collèges ou de paroisses, partout dans le Royaume d’Angleterre et le territoire du Pays de Galles, afin que soit accomplie dans les meilleurs délais la réforme bénie qui a été si heureusement commencée et de supprimer les offenses et toute chose illégale dans le culte de Dieu.
Considérés comme synonymes du papisme ou de la superstition, les orgues sont « démantelés » ou « défigurés ». Parfois, les habitants du lieu ou le personnel ecclésiastique cachent les tuyaux en un endroit sûr. Mais dans la plupart des cas, les instruments sont complètement détruits, si bien qu’il ne reste presque plus rien aujourd’hui des orgues construits avant la Restauration et qu’on ne peut qu’imaginer ce à quoi ressemblaient les instruments connus de Bull, Byrd, Tomkins ou Tallis.
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Il est difficile de savoir avec exactitude comment sonnaient les orgues de la fin du XVIIe siècle, car il reste bien peu de choses, généralement incorporées dans des instruments profondément transformés
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La construction d’orgue reprit après la Restauration de Charles II en 1660. Divers éléments se conjuguèrent alors pour permettre l’essor d’un nouveau type d’instrument caractéristique qui ne devait guère changer, pour l’essentiel, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Tout d’abord, on garda certains éléments nationaux datant d’avant la période du Commonwealth (par exemple, la grande proportion de tuyaux en bois, ou la mode de tuyaux de montre décorés). Ceci s’explique par le fait que certains facteurs d’orgues qui avaient travaillé avant les Guerres Civiles – tels les Dallam – étaient toujours là. On décèle ensuite une influence venue du Continent, par l’intermédiaire de facteurs tels que le Hollandais Bernard Smith (flûtes) ou le Français d’origine Renatus Harris (jeux d’anches brillants, cornet). Troisièmement, le rôle accordé à l’orgue dans la liturgie anglicane encourage l’essor de certaines caractéristiques sonores spécifiques. L’orgue – et ceci est vrai, en réalité, de tous les instruments de musique en général – n’est pas une construction abstraite, mais un outil dont les caractéristiques proviennent et dépendent de besoins et de fonctions spécifiques. Le rôle primordial de l’orgue anglais comme instrument d’accompagnement, en particulier, explique le développement du chorus (ou synthèse de Principaux) fondé sur la base solide des diapasons (ou Montres et Bourdons).
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