Les arts du son
Et dans le domaine de la musique, leur règne nous a laissé quelques-uns des plus grands trésors de la musique espagnole. Cependant, le répertoire musical extraordinairement riche que nous a légué le règne de Ferdinand et Isabelle, demeure encore largement inexploré. Combien d’enregistrements, par exemple, existe-t-il des œuvres de Juan de Anchieta, Pedro de Escobar, Martín de Ribaflecha, Francisco Peñalosa, Francisco de la Torre ou Pere Joan Aldomar ? Et combien de fois entendons-nous leur musique programmée dans des concerts ? Voilà donc une musique perdue à tout jamais : la majeure partie de la musique écoutée au cours de leur règne à la cour, dans les chapelles, les cathédrales et les cérémonies civiles était improvisée. Et presque toute la musique entendue dans les tavernes, rues, places et lieux de travail des classes les plus démunies est également perdue pour toujours. même si nous pouvons nous pouvons être surpris en voyant la quantité et la qualité de la musique conservée dans des monuments de musique espagnole tels que les fameux Cancioneros ou les livres de chœur polyphoniques manuscrits, cela ne représente qu’une petite partie de la musique retranscrite sur papier et parchemin par des compositeurs et des scribes durant cette période.
Dans une étude récemment publiée intitulée Música y músicos en la corte de Fernando el Católico, 1474-1516, Tess Knighton nous propose une analyse magnifique et fascinante de l’environnement sonore qui berça les règnes des Rois Catholiques de mélodie, d’harmonie, de rythme et de poésie. Car les arts sonores accompagnaient presque tous les aspects de la vie, privée et publique, de ces souverains. La cour des Rois Catholiques devint en fait le centre de la production musicale et attirait un grand nombre d’instrumentistes, chanteurs et compositeurs. Il est intéressant de noter que la plupart de ces musiciens étaient espagnols. Cela est remarquable et significatif car Ferdinand et Isabelle, dans leur parrainage des arts, prenaient modèle sur les styles et la magnificence de la cour de Bourgogne et pour ce faire, employaient un grand nombre d’artistes et d’artisans étrangers. L’architecte principal de San Juan de los Reyes à Tolède, par exemple, était Juan Guas. Né à Lyon, il se rendit en Espagne avec un groupe d’artistes flamands dont le travail définit le style gothique hispano-flamand. Malgré cest pratiques, l’écrasante majorité de ces musiciens employés par Ferdinand et Isabelle restait d’origine espagnole.
Le pouvoir et la piété étaient les deux piliers sur lesquels s’appuyaient les Rois Catholiques pour bâtir leur nouvelle image de souveraineté. Dans une magnifique miniature tirée du Livre d’ Heures et enluminée de façon exquise, la reine elle-même est représentée agenouillée en prière sur un prie-Dieu, adorant une Vierge couronnée Reine du Ciel. La présence de quatre anges musiciens jouant de la harpe, du luth, du psaltérion et de l’orgue nous rappelle qu’aucun aspect de la vie des monarques n’était exempt de musique. L’emphase mise sur l’illustration de la dévotion et de la piété personnelles d’Isabelle légitime sa souveraineté et souligne une relation féminine avec la Vierge à laquelle nul monarque ou sujet masculin ne pouvait aspirer.
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