Presque toute l’information dont on dispose sur les membres de la chapelle des ducs de Calabre se limite à leurs payes de 1546 et 1550, cette dernière étant l’année du décès de Ferdinand. A cette date, Germaine de Foix était déjà décédée depuis longtemps et le duc s’était marié en secondes noces avec Mencía de Mendoza (1508-1554), veuve du comte de Nassau, l’une des femmes les plus cultivées et les plus riches de son temps. Sur les feuilles de paye citées figure le nom et même la tessiture de bon nombre des chanteurs, qui étaient dix-huit en 1546 et vingt-deux en 1550, celui des organistes – dans un cas deux, et dans l’autre trois – et celui du copiste de musique, ou “puntador de los libros”, qui était à ce moment-là Pompeo de Russi, lequel peu après la mort du duc passa au service de la chapelle royale. Sur les payes de 1546 apparaît également un joueur de harpe, trois de sacqueboute et cinq de chalumeaux, un “traceur des livres” de musique – Bartomeu Cárceres et même “un garçon chargé des livres des ménestrels”. En 1546 comme en 1550, le maître ou directeur de la chapelle était Juan Cepa, qui occuperait ensuite le même poste à la cathédrale de Malaga.
Il existe un inventaire de la bibliothèque du duc de Calabre, en partie héritée de ses illustres aïeux, qui fut dressé après sa mort. Il y figure un total de 830 volumes –l795 de sa bibliothèque privée et 35 autres dans la chapelle –, légués par le duc au monastère de San Miguel de Los Reyes, avec d’autres biens lui appartenant. Parmi les livres de musique, certains sont de plain-chant – seize – et d’autres de chant d’orgue ou polyphonie – dix-neuf – dont aucun n’a pu être identifié avec certitude, peut-être parce que tous ou presque sont perdus. Le seul parmi les livres de musique de l’inventaire qui ait à ce jour été localisé correspond à une compilation des traités du célèbre théoricien d’origine franco-flamande Johannes Tinctoris, qui figure sur les registres de paye de la maison royale napolitaine à peu près entre les années 1475 et 1488. Il est conservé à la Bibliothèque de l’Université de Valence, avec d’autres manuscrits ayant appartenu à la bibliothèque privée du duc.
Pour des raisons que l’on ignore, et bien que tout son répertoire soit de musique sacrée, le Cancionero de Gandía ne figure pas parmi les livres que Ferdinand légua au monastère de San Miguel, destiné à devenir le panthéon familial. On trouve par contre parmi les livres de polyphonie de l’inventaire un ensemble de cahiers dont le répertoire dut être de genre profane, d’après ce qu’indique sa curieuse description, qui dit :
“Une boîte couverte de cuir noir, garnie à l’intérieur de satin cramoisi, dans laquelle se trouvaient quatre petits cahiers, écrits sur parchemin et couverts de velours noir avec leurs rubans, qu’ils emportaient lorsque son Excellence allait à la chasse”.
Comme il est peu probable que le seul manuscrit avec un répertoire musical non religieux en possession du duc de Calabre ait été cet ensemble de quatre cahiers, un pour chaque voix, selon l’habitude de l’époque, il est évident qu’il ne légua pas au monastère ceux qu’il possédait, à cette seule exception.
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Il existe un inventaire de la bibliothèque du duc de Calabre, en partie héritée de ses illustres aïeux, qui fut dressé après sa mort. Il y figure un total de 830 volumes – 795 de sa bibliothèque privée et 35 autres dans la chapelle –, légués par le duc au monastère de San Miguel de Los Reyes, avec d’autres biens lui appartenant.
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Au Moyen-Âge comme à la Renaissance, les musiciens qui appartenaient aux chapelles de la noblesse n’interprétaient pas seulement le répertoire en rapport avec les services liturgiques, mais intervenaient aussi dans toute sorte d’activités ludiques pour lesquelles leur présence était requise. Dans le cas particulier de celle des ducs de Calabre, il existe un témoin exceptionnel de ce type d’activités, le compositeur et vihueliste Luis Milán, qui fut, semble-t-il, le musicien de chambre favori de Germaine de Foix. Aimant les divertissements et les fêtes, la duchesse avait appris à jouer de “beaucoup d’instruments, comme le luth [et] le manicordion, et [à] chanter sa partie avec d’autres [et] à danser”, d’après ce que rapporte un auteur anonyme ; dans l’inventaire que l’on dressa de ses bien à sa mort figure un “clavicímbol” (clavecin) fabriqué en Flandres, dont la duchesse devait savoir jouer.
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