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Le métier de jongleur
“... Un jongleur est un être multiple : c’est un musicien, un poète, un acteur, un saltimbanque ; une espèce d’intendant des plaisirs dans les cours des princes et des rois ; c’est un vagabond errant qui offre des spectacles dans les villages ; c’est le joueur de vielle qui chante “les hauts-faits” pendant les étapes des pèlerins ; c’est le charlatan qui amuse la foule aux carrefours ; c’est l’auteur et l’acteur des lazzi que l’on récite les jours de fête à la sortie des églises ; c’est le maître de danse qui fait sauter et danser les jeunes ; le crieur, héraut des villages ; c’est le joueur de bombarde et de vielle qui mène la marche dans les processions ; c’est le chanteur qui égaie les festins, les noces et les veillées ; c’est l’écuyer qui volte à cheval, l’acrobate qui danse sur les mains ; celui qui joue avec les couteaux, qui traverse les cerceaux en courant, qui crache du feu, qui fait des contorsions ; c’est l’annonceur des parades chantées ou mimées ; le bouffon qui fait des grimaces et dit des bêtises. Le jongleur est tout cela et d’autres choses encore...”.
Description basée sur Les jongleurs en France au Moyen Age d’Edmond Faral
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Au XIVe siècle, le roi Jacques II de Majorque définit dans ses Leyes Palatinæ les jongleurs comme ceux qui égayent les gens : “illorum officium tribuit lætitiam” (“leur métier apporte la joie”). En France, on vantait leur capacité de “trop bien genz solacier” (amuser brillamment les gens). Les jongleurs eux-mêmes se donnaient des noms plaisants. Il y a Alegret, répandu en Provence, ou Alegre et Saborejo dans la péninsule ibérique ; et parmi les femmes Graciosa, et Preciosa. Les jongleurs portaient souvent le nom de l’instrument dont ils étaient spécialistes (ils jouaient généralement de plus d’un instrument). Nous avons ainsi un Cítola à la cour du Roi Sage, et un Cornamusa (alias Ramón Martín) à Lérida en 1357. Les noms burlesques n’étaient pas rares : “Ystriones sibi nomina jocosa ponunt” (“Les jongleurs se donnaient des noms plaisants”) ; ainsi en Italie Malanotte (“mauvaise nuit”), Maldicorpo (“Mal au ventre”).
Leurs vêtements “de travail” étaient voyants, de couleurs vives. A la cour de Jean Ier d’Aragon (1387-1396), les ministrers, instrumentistes dans l’ancienne tradition de l’art de jonglerie, portaient une livrée de drap blanc, avec un insigne en argent. Les cinq jongleurs au service de Charles le Noble de Navarre (1387-1425) portaient des vêtements de drap vert de Bristol. Par contre, les ministriles qui divertissaient à Jaén le Connétable Miguel Lucas (1461) portaient des habits de velours bleu.
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Si les définitions des jongleurs sont si nombreuses et variées, c’est que les types de jongleurs étaient nombreux et variés, avec mille compétences, et des formations culturelles assez différentes. Mais on peut dire en résumé que les jongleurs étaient ceux qui avaient pour métier de distraire et d’amuser les gens.
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Jean Ier, qui n’était pas en vain appelé également le Musicien, ainsi que le Chasseur, fut l’un des plus importants mécènes du Moyen-Âge, accueillant à sa cour prestigieuse des centaines de jongleurs, de ministrers, ainsi que de raffinés chanteurs de polyphonie. Dès son enfance, il eut à son service la jongleuse Caterina, et lui-même avait une cornemuse ornée des armoiries royales. Les bandes d’instrumentistes et de jongleurs se rendaient à la cour aragonaise, venant des principaux pays d’Europe : France, Italie, Angleterre, Ecosse, Portugal, Bohème. Ces musiciens se retrouvaient pour s’informer dans les foires qui se tenaient principalement dans les Flandres, pendant le Carême, lorsqu’ils ne pouvaient pas exercer leur métier (comme les prostituées). L’échange d’expériences internationales était très intense. Jean le Musicien écrit au Marquis de Villana : “Nos instrumentistes ont appris sur notre ordre six nouvelles chansons aux vôtres. Et lorsque nos instrumentistes, qui se rendent maintenant à l’école, seront rentrés, invitez les vôtres à en enseigner autant aux nôtres”.
Il y avait à la cour du roi Musicien toute sorte d’instruments de musique de l’époque, aussi bien de la catégorie dite “haute”, comme la bombarde, la trompette, la clarinette, l’añafil, la flûte et différents types de tambours, que ceux appelés “bas”, à cordes, comme la harpe, la viole, la guitare, le luth, le psaltérion. Les Ordonnances de Cour de son père Pierre IV le Cérémonieux, de 1344, prévoient 4 jongleurs : deux pour la trompette, un pour les timbales et un pour la petite trompette. Les jongleurs accompagnaient parfois leur souverain à la guerre ; c’est le cas du jongleur Pino de Nello, présent en Sardaigne avec les troupes aragonaises lors de la conquête de l’île.
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