Peut-être n’est-ce pas le format “monumental” du codex actuel mais celui de copies qui se présentent en forme de Libelli (carnets) plus faciles à manier par les chanteurs. Il s’agit de la date ante quem, mais la date post quem est un miracle de saint Jacques qui a eu lieu en 1139 et a été recueilli par le codex mais hors des cinq livres (dans une sorte d’appendice final après la partie polyphonique). Pour d’autres, cette date peu probable pourrait être celle de 1143, date où fut émise la bulle d’Innocent II confirmant toutes les “autorités calixtines” du Liber. Il y a d’autres avis sur la question, mais il semble que l’enquête se soit arrêtée sur une date proche de 1160, la considérant comme probable pour la version finale du Jacobus, date connue aussi pour l’exemplaire de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le contenu musical du Calixtinus est un véritable abrégé de la musique liturgique et des procédés de composition de l’époque. Tout spécialiste qui se penchera sur les pages finales du livre I trouvera un répertoire très familier : antiennes et leurs psaumes, lectures et les grands répons servant de méditations pour les matines de l’apôtre. Leurs schémas mélodiques suivent parfaitement l’organisation du octoechos (système modal adopté par le chant grégorien) comme si dans ces structures se cachaient tous les enseignements musicaux provenant des temps anciens. La première lecture est suivie d’un répons en mode I, la deuxième d’un cantique en mode II, la troisième d’une mélodie du mode III et ainsi de suite jusqu’à la fin du cycle. Il semble certain que ce procédé ordonné de composition devint à la mode au XIIe siècle, mais, comme cela arrive dans ces affaires-là, nous avons quelques exemples antérieurs qui nous informent sur ces pratiques. En fait, Hucbaldo ou Estebán de Lieja avaient déjà réalisé quelques tentatives au début du Xe siècle.
En somme, le contenu de la partie monodique du manuscrit correspond à celui de n’importe quel livre liturgique de l’époque avec, toutefois, les particularités propres du Jacobus : antiennes avec leur psalmodie suivant la norme en vigueur, répons précédés de leurs leçons, hymnes, versets… pour l’Office comme pour la Messe. Une partie très importante se compose des mélodies que nous pouvons appeler “post-grégoriennes”. Elles ornaient le matériel préexistant, c’est-à-dire les compositions précédentes, dans le but de solenniser encore davantage la liturgie d’un jour précis : tropes d’introduction au chant initial, tropes adaptés à l’ordinaire de la Messe, tropes pour les formules de congé, les bien connus Benedicamus Domino et les chants des processions comme les Versus et conductus. Et enfin, “une nouvelle sorte” de composition qui commençait déjà à faire fureur dans les différentes écoles européennes et qui avait été expérimentée pendant des siècles mais qui n’avait pas trouvé facilement sa place dans la liturgie : les œuvres polyphoniques. Ces organa et conductus ont sans doute contribué à l’exceptionnelle renommée musicale du manuscrit. La plupart d’entre elles sont à deux voix : la voix inférieure procédait de la monodie grégorienne (vox principalis) et elle est souvent présente déjà dans le premier livre, tandis que la supérieure (vox organalis) était d’une nouvelle facture.
Prédécesseurs de Leonin et Perotin ?
La notation du Calixtinus est propre au centre-nord de la France. Ecrite sur tétragramme rouge, ces signes neumatiques rappellent ceux de l’écriture sortie des ateliers de Metz ou Laon et même de localités plus au sud en suivant la vallée de la Loire : des villes comme Troyes et Vézelay conservaient cette manière d’écrire. D’autres villes comme Fleury, Bourges, Autun ou Nevers étaient également familières de cette manière d’écrire la musique. Quelquefois on a discuté de l’influence possible d’églises célèbres comme celles de Saint-Denis ou Paris, bien que cela paraisse peu probable vu que le codex présente un signe à la fin de chaque ligne de la portée (toujours quatre lignes) et que cette coutume était inconnue à Paris. Elle serait adoptée plus tard (environ 1255) par imitation des Dominicains, très influents dans l’atmosphère universitaire de la ville de Paris. Pour ce qui est du lieu exact de sa copie, nous n’en savons rien. Quelques érudits penchent pour un des scriptoria de l’abbaye de Vézelay, qui aurait été apporté à Compostelle lors d’un pèlerinage. Pour d’autres, indépendamment du lieu de copie, le Jacobus pourrait être la refonte d’un livre complètement hispanique basé sur notre ancienne liturgie et sur des traditions du XIe siècle.
|
La notation du Calixtinus est propre au centre-nord de la France. Ecrite sur tétragramme rouge, ces signes neumatiques rappellent ceux de l’écriture sortie des ateliers de Metz ou Laon et même de localités plus au sud en suivant la vallée de la Loire : des villes comme Troyes et Vézelay conservaient cette manière d’écrire.
|
|
|
|
|