Nous trouvons donc des traités de musique dans l’Istitutio Oratoria de Quintiliano (Rome, 1470), dans l’Etymologiae d’Isodoro de Séville (Strasbourg, 1472), ou encore dans le De propietate rebus du franciscain Bartholomeus Anglicus (Nuremberg, 1483), où la musique est analysée du point de vue acoustico-mathématique, et en rapport avec le mensuralisme.
Peu à peu, surtout en Allemagne et en France, se sont imposés des ouvrages à la finalité clairement didactique, en fonction du chant ecclésiastique, pour la pratique, et non dans un but pédagogique plus général. C’est le cas du De modo bene cantandi choralem de Conradus de Zabern, de 1476, publié grâce à Schöffer de Mayence.
Avec la multiplication des imprimeries, le nombre de publications de traités musicaux augmenta. Rien qu’en Italie, dans les vingt dernières années du XVe siècle virent le jour des ouvrages de Boezio, Cassiodoro, Tinctoris, Gaffurio. A ces traités succédèrent ceux de spécialistes contemporains tels que Ramis, Spataro, Calza, qui ne dédaignaient pas d’utiliser la langue vulgaire, pour toucher ainsi le plus grand nombre de lecteurs. Mais comment imprimait-on la musique à cette époque des origines ?
Méthode d’impression
La plupart des incunables avec des notes de musique furent imprimés selon la méthode dite de la “double impression”. Elle consistait à imprimer en deux temps successifs, tout d’abord la ligne rouge (portée de quatre, ou plus rarement de cinq lignes), puis les notes noires carrées. Mais il était fréquent que la musique soit ajoutée par des copistes, procédé très coûteux. Des livres avec des portées musicales vides ou des notes non noircies étaient peut-être également mis en circulation. Il suffisait d’une rupture des relations entre le typographe et le copiste, ou bien de problèmes commerciaux imprévisibles, et l’ouvrage était mis sur le marché même incomplet.
Avant les innovations de Petrucci, le système “à double impression” était le préféré des typographes. Le premier exemple en fut peut-être le Missale Basiliense, publié à Bâle en 1480 par Bernhard Richel. Mais l’exemplaire de ce Missale conservé à la Bibliothèque Nationale Braidense de Milan présente encore des lignes sans notes de musique.
Un autre système, appelé “méthode par blocs” consistait au contraire à imprimer chaque note avec son fragment de portée, ou espace de portée, pour pouvoir séparer les figures, opération extrêmement compliquée. En mettant ensemble toutes ces parties, on obtenait la page entière, mais il était difficile de faire correspondre parfaitement les différentes parties ; la page pouvait se présenter avec des points de suture bien peu esthétiques. Mais il semblerait que cette technique soit la première qui fut utilisée pour l’impression musicale avec les caractères mobiles.
Le premier exemplaire imprimé suivant cette méthode laborieuse est le Graduale Constantiense de 1473 ; on y utilise une portée de cinq lignes noires avec des notes carrées, complétées par des initiales écrites à la main. L’exemplaire de ce type le plus réussi est le Missale Romanum, imprimé à Rome en 1476. Son imprimeur, Ulrich Han, d’Ingolstadt, se vante dans le colophon d’avoir été l’inventeur de cette méthode.
Un troisième système se développe à la même époque : il s’agit de la xylographie. On gravait sur une plaque de bois ou de métal une page entière de musique qui était ensuite imprimée sur le papier ; on obtenait de cette manière des résultats esthétiques bien supérieurs même avec la méthode de la “double impression”. Mais il s’agissait d’un procédé très long et surtout assez coûteux, qui fut cependant utilisé même après la “révolution” réalisée par Petrucci. Un magnifique exemplaire d’impression xylographique est dû à Ugo de Ruggieri, qui publia en 1487 à Bologne le Musices opusculum de Nicola Burzio.
Grâce à ces trois méthodes, l’impression musicale se répandit dans de nombreuses villes : Milan, Augusta, Bâle, puis successivement Würzburg, Nuremberg, Wittenberg, Paris, Bamberg, Bologne, Brescia, Mayence, Passau et Strasbourg. Mais c’est Venise qui sera destinée à devenir la capitale de l’impression musicale. A Paris s’impose Ulrich Gering de Constance, qui avec d’autres Allemands importa l’édition musicale en France, avec des influences italiennes, qui se firent sentir surtout à Lyon. Et de Rouen, alors aux mains des Anglais, l’édition musicale passa en Angleterre. De leur côté, des Allemands comme Juan Pegnitzer, Meinard Ungult et J. Luscher introduisirent l’impression musicale dans la péninsule ibérique. Le livre de musique le plus ancien imprimé en Espagne est le Missale cesaraugustanum, publié à Saragosse en 1488 par Paul Hurus.
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