Les origines de l'impression musicale
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Le Baroque Musical et l'art Abstrait
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LES ORIGINES DE L'IMPRESSION MUSICALE
Un cas intéressant est celui d’Ottaviano Scotto, originaire de Monza, et mort à Venise en 1498, qui introduisit l’impression musicale dans la cité des Doges, faisant paraître de petits livres liturgiques, très maniables mais d’une grande qualité typographique. Parmi ceux-ci, il y en a un particulièrement remarquable pour les frères dominicains : Missale secundum Ordinem Fratrum Prædicatorum du 24 décembre 1482, précédé d’un Missale Romanum du 29 décembre 1481. Mais la fin de cette époque pionnière approche ; l’aube du nouveau siècle marquera le début – avec les innovations de Petruccil– de l’impression de livres entièrement musicaux.

Ottaviano Petrucci : maître à Venise de l’impression musicale

Revenons à Ottaviano Petrucci, et à son irrésistible volonté d’implanter une typographie musicale. Petrucci, né le 15 mai 1501 à Fossombrone, dans la province de Pesaro, se rendit en 1490 à Venise, centre florissant de l’édition humaniste. Comme nous l’avons vu, en 1498 il sollicita et obtint de l’autorité de la République Sérénissime un privilège de vingt ans pour éditer des livres de musique en notation mensuraliste.

Après de longs préparatifs fut publié le 15 mai 1501 le premier ouvrage entièrement musical, avec des caractères mobiles. Il s’agit de l’Harmonice Musices Odhecaton A à 3-4 voix qui contient 96 chansons polyphoniques. C’est un chef-d’œuvre typographique absolu de tous les temps, réédité en 1503 et 1504. Petrucci eut recours pour l’édition aux libraires Amadeo Scotto et Niccolò da Raphael ; et il reçut l’appui économique des hommes de lettres humanistes Girolamo Donato et Bartolomeo Budrio.

Ce brillant début souligne le souffle culturel de l’œuvre de Petrucci. Son entreprise ne doit pas être considérée uniquement du point de vue technique, pour les remarquables innovations qu’il apporta à l’art typographique, mais elle doit être replacée dans ce prestigieux circuit d’intellectuels humanistes soucieux de diffuser le livre avec toutes ses potentialités culturelles, et donc aussi comme puissant canal pour la musique. Il faut rappeler à ce sujet qu’en Italie des éditeurs comme Manunzio, les Giunta, Sesso, Grifo, ou Torresano étaient des humanistes raffinés, sensibles aux milieux d’édition allemands. Bien qu’il eût également obtenu de la cité des Doges le privilège d’éditer des tablatures pour instruments, pendant plusieurs années Petrucci ne s’en occupa pas, ce dont profita un certain Marco Dall’Aquila, qui obtint un privilège semblable à celui de Petrucci ; mais le nouveau venu ne réussit jamais à rien faire. De son côté, Petrucci dut se rendre compte du danger évité, et entre 1507 et 1509 figurent parmi les livres qu’il édite quatre livres d’Intabolatura de lauto, de Francesco Spinacino, et le Premier Livre des Tenori e Contrabbassi intabulati col soprano in canto figurato de Franciscus Bossinensis.

Plusieurs recueils avaient suivi l’Odhecaton : en 1502 parut le livre Canti B numero cinquanta à 3-6 voix ; en 1503 Canti C numero centocinquanta à 3-5 voix, puis d’autres volumes encore. Petrucci publia entre autres des éditions fondamentales de polyphonistes de la stature de Josquin (1502), Obrecht (1503), Brumel (1503), Ghiselin (1503), Agricola (1504), Isaac (1506). Tout aussi fondamentale est une riche collection de frottole ; c’est le cas des éditions de 1504, 1505, 1507, 1508, qui regroupent cinq anthologies divisées en neuf livres. Rappelons aussi l’édition, non datée, mais parue à Venise avant 1509, de la Misse Gaspar [van Weerbecke] et de Frottole de misser Bartolomeo Tromboncino.

La technique d’impression mise au point par Petrucci fut révolutionnaire. Il conçut le système de la “triple impression”, qui consistait à imprimer d’abord la portée, puis les notes musicales, et enfin le texte, ainsi que les initiales ornées et le numéro des pages. La qualité de ces éditions a atteint des sommets inégalés.

Le retour à Fossombrone

Mais Venise, en 1509, agitée par les inquiétudes politiques et le vent de la guerre soufflé par la ligue de Cambrai, n’était plus un centre idéal pour Petrucci. C’est pourquoi l’éditeur, jouissant d’une renommée internationale, se retira dans sa ville natale de Fossombrone, où il avait acheté entre temps maisons et terrains. Là, Petrucci se consacra en 1511 à l’édition des œuvres littéraires de l’évêque local, Paul von Middelburg, et de l’illustre humaniste Baldassare Castiglione.

Mais sa vocation pour l’art de l’impression musicale restait pressante. Ainsi, la même année, fit-il paraître le Secondo Libro des tablatures pour chant et luth de Bossinensis et en 1512 le Libro X des frottole, malheureusement perdu, qui fut suivi en 1514 du Libro undecimo ainsi que des Moteti della Corona. Et encore d’autres messes polyphoniques, 1515 (Jean Mouton et Antoine de Fevin), et aussi les livres II-IV des Motetti della Corona (1519).

Les origines de l'impression musicale
Lubin Baugin (1612-1663). Nature morte à l’échiquier. Musée du Louvre, Paris
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