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Temple de toute modernité, avons-nous dit, mais aussi sanctuaire de l’ineffable, le Vespro se dresse donc comme un génial portique à l’aube des temps nouveaux de la musique, ne cessant pas d’être parcouru par un mouvement de va-et-vient entre la tradition et l’expérience, entre les modes ecclésiastiques d’hier et la toute jeune tonalité. Avec comme un parfum d’Orient qui nous dit que les sources de l’opulente partition – certes composée à Mantoue – sont aussi à chercher, via Venise, à Byzance.
Après le préambule de la Missa à 6 voix sur le motet In illo tempore de Gombert, œuvre aux imitations rigoureuses, l’édition de 1610 suit le déroulement de la liturgie vespérale et tourne à la célébration baroque, mais sans que l’intensité de l’acte dévot ait à souffrir de ce déploiement festif. Plus en détail, chacun des cinq psaumes est fondé sur une teneur de plain-chant, répétée et variée avec une très grande liberté prosodique. L’orchestre d’accompagnement peut faire songer a priori aux Symphoniae Sacrae et Canzoni des Gabrieli. Mais, en fait, il est calqué sur celui de L’Orfeo, avec ses cornets, ses trombones, ses violons virtuoses qui soutiennent ou ponctuent les ferventes déclamations du tutti ; sans parler des agiles monodies dévolues aux solistes dans les concerti sacri.
L’office marial, qui réunit 14 pièces, s’ouvre sur l’intonation grégorienne Deus in adjutorium meum intende : un brillant prologue enluminé des fanfares d’apparat et des traits étincelants de la Toccata d’ouverture de L’Orfeo, devenue, en quelque sorte, l’hymne de la Maison Gonzague!
Le premier Psaume Dixit Dominus – à 6 voix et 6 instruments – mêle les épisodes en polyphonie imitative, les cantillations en faux-bourdon et les incises pour voix solistes, cependant qu’un instrumentarium très agissant intercale, entre les séquences vocales, des ritournelles aux timbres heureusement diversifiés, à partir du cantus firmus grégorien, traité en continuo à l’orgue.
De la même invention profuse témoignent les autres psaumes : Laudate pueri à 8 voix, Laetatus sum à 6 voix, Nisi Dominus pour double chœur à 10 voix et Lauda Jerusalem à 7 voix. La musique y est toujours dynamisée par de flamboyants contrastes et vit d’un luxe sonore inconnu jusque-là, partagée entre tutti unanimistes et récitations solistisantes dans ce style concertato sur lequel la rhétorique baroque assoit son pouvoir depuis le début du siècle. Et l’on distinguera plus particulièrement la spatialité du Nisi Dominus, superbe exemple de coro spezzato qui tourne à la danse sacrale, force et grâce subtilement mêlées.
Enfin, c’est l’apothéose du Magnificat à 7 sur lequel se termine l’office (rappelons pour mémoire la version à 6 voix, avec un seul continuo d’orgue). Une irrépressible montée, un embrasement de couleurs et de lumière jusqu’à l’inoubliable pyrotechnie de la doxologie. Avec le Gloria Patri, entonné par les deux ténors et fleuri de figurations passionnées, dans un climat de volupté mystique que les plus grands n’ont pas retrouvé par la suite. Puis l’ogive cosmique du Sicut erat qui, accompagné par l’orchestre au grand complet (“tous les instruments et voix vont chantant et jouant forte”, précise la partition), met un point conclusif à ce cycle magique, au carrefour de toutes les ferveurs et audaces à venir. Assurément, le chef-d’œuvre absolu qui a marqué de son empreinte quatre siècles de musique sacrée en Occident.
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