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Il n’est pas anodin que le testament poétique de Ronsard maudisse les guerres dans des vers dédiés à la Forêt de Gastine et qu’il apparaisse dans la dernière édition des Œuvres (1584) : Ronsard y expose une pensée s’appuyant sur ce qu’il appelle l’ordre naturel et rejetant une société plongée dans les conflits. A une époque de bouleversements idéologiques, religieux et sociaux, où prédominait la violence, Ronsard défend des idées où s’exprime l’aspiration à retrouver cette période ancienne, perdue et mythologique de l’Age d’Or. Ronsard, dont les œuvres jouirent d’une grande popularité tant littéraire que musicale – Mignonne, allons voir si la rose faisait déjà partie à l’époque du patrimoine de la musique populaire – fut un défenseur acharné de la monarchie française en la personne de Charles IX, sous la protection duquel il écrivit la plus grande partie de son œuvre. Son hostilité à l’égard du protestantisme est évidente dans le Discours des misères de ce temps (1562) dans lequel est inclus un texte contre les protestants, la Remonstrance au peuple de France. Ce fut ce même Ronsard qui adressa à Théodore de Bèze, intellectuel huguenot et traducteur en français des Psaumes latins, des “adjurations” pour l’inciter à abandonner la défense de la Réforme et à protéger de la sorte sa patrie : la monarchie française.
En littérature, c’est une des personnalités poétiques les plus attrayantes du paysage culturel, Clément Marot (1496-1544), qui sert de pont entre l’aristocratie catholique et le protestantisme. Poète à la cour de François Ier et protégé de la reine Marguerite de Navarre, il avait exalté les mérites de la cour dans sa célèbre création poétique Dedans Paris, ville jolie/ Un jour, passant melancolie,/ Je prins alliance nouvelle/ A la plus gaye damoyselle/ Qui soit d’icy en Italie. En 1526 Marot fut dénoncé par une femme qu’il avait éconduite et il fut incarcéré au Châtelet, soupçonné d’avoir sympathisé avec la Réforme ; c’est ainsi qu’il fit l’expérience, dans sa propre chair, de la persécution. Ce séjour en prison lui inspira une satire allégorique de la justice, L’Enfer. Jusqu’en 1534 Marot fut un brillant poète de cour qui vit son activité ternie par l’Affaire des Placards : dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre 1534, à Paris, à Orléans et dans d’autres villes de province, des placards furent affichés qui attaquaient très violemment les horribles, graves & insupportables abus de la messe papale. La colère du roi arriva à son comble lorsque la porte de sa propre chambre fut placardée : ce fut alors le début de représailles sanglantes contre les protestants dont certains furent brûlés vifs sur les places de Paris. Marot fut lui aussi soupçonné et avant qu’on ne vînt l’arrêter, il s’exila en Navarre où il était sous la protection de la reine Marguerite. Ce fut elle qui l’encouragea, dans une ambiance favorable et protectrice à l’égard des “évangélistes” ou réformés, à entreprendre la traduction des Psaumes de David. Le poète allait plus tard trouver refuge à Lyon, capitale intellectuelle et artistique fréquentée par des poètes et des humanistes, où il allait alors rencontrer des écrivains comme Maurice Scève, Pontus de Tyard et la légendaire et “Belle Cordière”, Louise Labé, auteur de célèbres sonnets (O beaux yeus bruns, ô regars destournez...) et très critiquée par Calvin qui la qualifia, lors d’un débat avec un catholique, de “plebeia meretrix”. Quant à elle, on le sait, elle allait faire l’objet, des siècles plus tard, de l’admiration de Rilke dans ses Cahiers de 1910 (Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge).
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