Fredonner les mélodies
A Lyon, en 1536, après avoir retrouvé la faveur du roi, Marot abjura ses “erreurs” et revint à la cour parisienne, d’où, caprices du sort, il dut de nouveau s’éloigner, mais cette fois vers un endroit chargé de sens : Genève, où Calvin vivait en exil depuis 1538. Marot découvrit à Strasbourg, auprès de Martin Bucer et Capiton, la liturgie en langue allemande que l’on célébrait ainsi depuis 1524 et il s’en inspira pour élaborer une liturgie française. C’est précisément à Genève que fut réalisée la traduction complète des Psaumes.
A partir de 1535, Calvin exprima le désir de disposer d’une version des Psaumes en langue vulgaire, ce qui explique l’intérêt qu’il avait de rallier Marot à sa cause ; en effet, celui-ci avait déjà publié, en 1533, une version du Psaume VI qui accompagnait l’édition du Miroir de l’ame pecheresse de Marguerite de Navarre, œuvre qui devait d’ailleurs être condamnée par la Sorbonne peu de temps après sa publication. A Genève, le poète poursuivit la traduction des Psaumes mais un nouveau scandale, cette fois pour une affaire de jeu et de taverne, le contraignit à quitter l’endroit. Les treize psaumes de Marot ainsi que six autres traduits par Calvin lui-même, tout comme Le Cantique de Siméon, les Commandements et le Credo, virent le jour en 1539. A Genève, Marot fit la connaissance de Théodore de Bèze (1519–1605), disciple et successeur de Calvin, personnage crucial dans l’histoire du protestantisme et qui joua un rôle décisif dans la traduction et la diffusion des Psaumes de David. De Bèze était un intellectuel, spécialiste de la langue et de la culture grecques, dont la vie littéraire était féconde. Il s’établit à Genève en 1559, auprès de Calvin, à qui il était lié par une grande amitié. Il occupa le poste de Recteur de l’Académie, qu’il allait devoir abandonner en raison des guerres de religion. A la mort de Calvin, il lui succèda à Genève. A cette époque-là, vers la fin de 1561, De Bèze avait terminé et publié la traduction du Psautier complet. Cette traduction est animée avant tout par une volonté de diffusion qui va au-delà de l’aspect purement esthétique et littéraire : De Bèze eut ainsi recours, par exemple, à l’amplificatio et à des expressions d’usage courant qui permettent une compréhension immédiate du texte.
Si le succès des Psaumes fut littéraire – en 1562, année de l’apparition de la version définitive, au moins 30 000 exemplaires en furent imprimés – leur popularité est due en grande partie à la musique qui les accompagnait. On ne peut toutefois envisager la musique des Psaumes comme formant une unité, un grand nombre de compositeurs ayant apporté leur proposition musicale. Des artistes raffinés comme Loys Bourgeois, Claude Lejeune, Claude Goudimel et Pascal de l’Estocart composèrent des mélodies mises au service du culte comme de l’activité profane.
La plupart des versions des Psaumes protestants datant de la Renaissance et que nous pouvons écouter à l’heure actuelle sont polyphoniques, alors que ce répertoire, de par sa nature et aussi de par la volonté première de Calvin, aurait dû être chanté à une seule voix. Dans l’Institution de la Religion Chrestienne (1547), Calvin condamne en effet la polyphonie car, contrairement à la monodie, dit-il, elle dénature la parole divine. La musique, selon lui, ne doit avoir qu’une seule ligne de chant et un rythme syllabique. La condamnation de la polyphonie ne servit toutefois pas à grand-chose et Calvin, son détracteur, dut céder devant l’enthousiasme des fidèles protestants pour ces Psaumes chantés à plusieurs voix.
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