Dans la version III, qui date à peu près de 1732, Bach reprit le chœur d’ouverture de la version I et certaines arias, mais en changea une et en remplaça une autre par une sinfonia instrumentale aujourd’hui perdue. La version IV, entreprise bien plus tard, était pour l’essentiel un retour à la version I, même si nous savons qu’il ajouta un contrebasson à l’orchestre et substitua un clavecin à l’orgue. Il modifia aussi les textes de certains mouvements poétiques, textes que les commentateurs considèrent comme plus réalistes que les versions originales.
La plupart des enregistrements de la Passion selon saint Jean, se fiant à une édition qui fait autorité, présentent une version mixte utilisant les lectures révisées de la première partie (celle que Bach recopia lui-même pour sa nouvelle partition), tout en y incorporant des éléments de la version IV (mais sans les corrections apportées aux textes de cette version), et certaines arias remaniées des versions II et III. Stricto sensu on ne peut bien sûr en aucun cas appeler cela une version, mais plutôt un pastiche moderne.
Depuis peu cependant, certains enregistrements ont commencé à présenter des versions définies de la Passion selon saint Jean. On peut ainsi trouver la version II de 1725 dans l’un des enregistrements de Philippe Herreweghe (HMC 901748.49). Un autre enregistrement dirigé par Masaaki Suzuki (BIS CD-921/922) propose la version IV de 1749 (avec un continuo au clavecin), et ajoute les trois arias de la version II en supplément. Celui que dirige Kenneth Slowik (Smithsonian ND 0381, avec d’excellentes notes explicatives) présente une version mixte, mais il contient aussi les mouvements correspondants de la version II de façon à ce qu’on puisse programmer le lecteur de CD pour qu’il restitue cette version dans l’ordre voulu (la lecture des N° 1 à 10 est moins originale). Les amateurs de cette œuvre se trouvent, à tous les points de vue, devant un choix considérable.
Composition des ensembles vocaux et instrumentaux de Bach
Peu de sujets concernant le XVIIIe siècle ont été aussi débattus que celui du nombre de chanteurs et de la composition des chœurs dont disposait Bach. Nous entendons aujourd’hui des formations qui sont non seulement plus étoffées que celles de Bach mais qui sont aussi déployées très différemment. Nos traditions impliquent l’utilisation de chœurs nombreux (et d’orchestres qui vont avec), et elles nous ont habitués à faire une distinction nette entre les fonctions des chanteurs solistes et celles des membres du chœur.
Pour nous il y a deux catégories de chanteurs : les choristes et les solistes. A l’époque de Bach il y avait aussi deux sortes de chanteurs, mais la distinction se faisait autrement. Il y avait d’abord ce qu’on appelait un concertiste au XVIIIe siècle : c’était le musicien indispensable à l’exécution d’une œuvre vocale ou instrumentale. Dans un concert, il y avait en principe un concertiste pour chaque registre. Par exemple, une concertiste soprano prenait en charge toute la partie de soprano, et elle chantait tous les récitatifs et toutes les arias de ce registre. De même, les concertistes alto, ténor ou basse étaient responsables de la musique correspondante. En outre, chacun de ces chanteurs avait en charge son registre dans les passages d’ensemble où les voix soprano, alto, ténor et basse chantaient en même temps. On trouvait ce genre de morceau, qui en général impliquait aussi la plupart, voire tous les instruments, le plus souvent au début et à la fin d’une cantate d’église ou d’une pièce de ce type, et au XVIIIe siècle on appelait ce genre de mouvement un chœur. En ce sens un chœur est un mouvement qui utilise toutes les voix ensemble, et le plus souvent aussi tous les instruments. Un tel mouvement reste un chœur même s’il n’y a que ces quatre chanteurs ; il n’implique donc pas un grand nombre de chanteurs comme c’est le cas pour nous aujourd’hui. Une œuvre comme une passion pouvait être (et apparemment était souvent) chantée par ces quatre chanteurs seuls qui d’une part avaient la charge de leurs parties de solistes, mais qui d’autre part constituaient le chœur lorsqu’ils chantaient ensemble.
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