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Cela dit, le responsable d’une représentation pouvait choisir de renforcer les voix des concertistes par celles d’autres chanteurs qu’on appelait ripiénistes. Ces chanteurs n’avaient pas de partie propre, ils ajoutaient leurs voix à celles des concertistes au moment opportun. Dans une passion ou une cantate d’église de Bach, par exemple, ils chantaient en général les chœurs et les chorals, et uniquement ces mouvements, laissant les arias et les récitatifs aux concertistes. Il est essentiel de comprendre que dans les passages en chœur les concertistes et les ripiénistes chantaient ensemble, autrement dit les concertistes continuaient à chanter lorsqu’ils étaient rejoints par les ripiénistes. Les concertistes chantaient tout, et les ripiénistes, qui n’avaient pas de partie en propre, ne faisaient que doubler les concertistes quand on leur disait de le faire. Nous savons que c’était ainsi que procédait Bach pour sa musique d’église parce que nous avons un grand nombre d’originaux de ses partitions pour les différentes parties, et parce que leur conception suggère fortement qu’elles étaient destinées à un nombre relativement restreint de chanteurs de chacune de ces catégories.
En ce qui concerne les Passions de Bach, il nous reste un nombre particulièrement important de ces partitions pour les différentes voix, et elles donnent une idée assez claire de la façon dont il les faisait jouer. Pour la Passion selon saint Jean, par exemple, Bach préparait quatre parties vocales principales qui contenaient pratiquement toute la musique de chaque registre vocal : une partie pour soprano qui contenait les arias de cette voix ainsi que les lignes pour soprano de chaque chœur et de chaque choral ; une partie d’alto avec l’équivalent pour son registre (arias, chœurs et chorals) ; une partie de ténor (appelée Tenore Evangelista) qui comportait toute la musique écrite pour cette voix, avec les lignes correspondantes des chœurs et de chorals, les arias pour ténor, et les récitatifs dévolus à l’Evangéliste ; et enfin la partie de basse (Basso Jesus) à qui était dévolue presque toute la musique de basse, y compris les paroles du Christ.
Ce sont là les quatre parties pour les quatre voix de concertistes qui interprétaient pratiquement tout. Quelques parties plus modestes concernent les personnages secondaires, avec l’indication de rester silencieux le reste du temps. Bach préparait en outre quatre parties supplémentaires destinées aux ripiénistes qui devaient renforcer le son dans certains mouvements des chœurs et des chorals. A l’analyse, on se rend compte que chaque chanteur disposait de sa partition, ce qui permet de déduire qu’il utilisait environ dix chanteurs pour les représentations de la Passion selon saint Jean : les quatre voix principales, quatre voix supplémentaires pour les chœurs et les chorals, et deux autres pour certains petits rôles.
La Passion selon saint Matthieu, célèbre pour son double chœur et son double orchestre, est en réalité construite de façon très semblable. Ici aussi Bach prépare quatre parties vocales principales, dont une partie de ténor pour le texte de l’Evangéliste et une partie de basse pour les paroles de Jésus. Comme dans l’œuvre antérieure, ces quatre parties contiennent toute la musique de leurs registres respectifs : chœurs, chorals, récitatifs et arias. Il y a aussi quatre parties supplémentaires pour quatre autres chanteurs. Dans de nombreux mouvements, elles étaient essentiellement destinées à des ripiénistes, mais, originalité de la Passion selon saint Matthieu, elles constituaient également le Chœur II (les chanteurs principaux constituant le Chœur I), et comportaient aussi des arias qui leur étaient propres. Autrement dit, dans cette œuvre Bach demandait à ses chanteurs de renfort d’interpréter des musiques indépendantes au lieu de simplement doubler les voix des chanteurs principaux. Souvent les interprétations modernes négligent cette distribution et n’utilisent qu’un seul soliste par registre. Au total, pour les représentations de La Passion selon saint Matthieu, Bach utilisait huit chanteurs (qui constituent les chœurs I et II, et qui chantent les parties de solistes), plus quelques voix supplémentaires pour les petits rôles et pour les mélodies des hymnes dans les mouvements de début et de fin de la première partie.
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