Les Passions de Bach, interprétées le Vendredi saint, étaient exceptionnelles dans la mesure où elles nécessitaient davantage de chanteurs que le chœur “concertiste” plus normal. Pour la Passion selon saint Jean, par exemple, le chœur “concertiste” à quatre parties était occasionnellement renforcé par un autre chœur “ripieniste” à quatre parties. La Passion selon saint Matthieu utilisait deux chœurs “concertistes” distincts (tous deux nécessaires pour exécuter la polyphonie de Bach). Dans ces deux Passions, les parties de l’Evangéliste et du Christ étaient assurées par le ténor et la basse du premier chœur “concertiste”. Les autres parties, comme celle de Judas ou de Pilate, étaient assurées par le second chœur dans la Passion selon saint Matthieu ou par des chanteurs supplémentaires dans la saint Jean. Un enregistrement récent de la Passion selon saint Matthieu (chez Archiv), dirigé par Paul McCreech, n’utilise que 8 chanteurs (les chanteurs assumant les arias et les interventions des divers rôles – comme celle de l’Evangéliste – chantant également dans les deux chœurs fondamentaux).
Bach précisait aussi dans son “essai” le type d’orchestre qu’il considérait comme optimal, en suggérant les instruments suivants :
2-3 premiers violons
2-3 deuxièmes violons
2 premiers altos
2 deuxièmes altos
2 violoncelles
1 violone
2 ou 3 hautbois
1 ou 2 bassons
3 trompettes et
1 tympanon
Pour certaines de ses œuvres de Leipzig, comme la Passion selon saint Matthieu, Bach stipulait comme important d’avoir plus d’un instrument à cordes — avec le soutien des hautbois et des bassons — par partie. Toutefois, de nombreuses œuvres orchestrales, comme les Concertos brandebourgeois et les deux Suites pour orchestre en ré, semblent avoir été créées avec un seul instrument à cordes (c’est-à-dire avec un instrument à cordes par partie). Encore une fois, la preuve se trouve dans les livres de partitions restants, que Rifkin a étudiés en détail5.
La précision de Bach quant au violone est intéressante. Il s’agissait probablement d’un instrument de la famille des contrebasses, traité distinctement des violoncelles dans un grand nombre de partitions de Bach. Dans le Concerto brandebourgeois nÞ1, par exemple, la ligne de basse est jouée par un fagott (basson), un violoncello et continuo e violono grosso. Dans celui-ci comme dans les autres Concertos brandebourgeois, le violone double généralement le violoncelle, probablement une octave plus bas. Le fait que Bach ait eu recours aux trompettes et au tympanon fait écho à son utilisation de ces instruments pour certains de ses mouvements plus festifs, comme par exemple l’ouverture de l’Oratorio de Noël ou pour certains mouvements de la Messe en si mineur.
L’orgue
Bach, qui comptait parmi les grands organistes de son temps, jouait et concevait de la musique pour une grande variété d’orgues, allant du Schnitger nord-allemand jusqu’au Silbermann centre-allemand. Nombreuses sont les orgues sur lesquelles Bach a joué qui ont été identifiées et dont les particularités ont été analysées6.
Le mémorandum de Bach de 1707 sur les changements et réglages à faire sur l’orgue de Mühlhausen est du plus grand intérêt, sans oublier sa suggestion d’un viola da gamba (en remplacement d’une Gemshorn) au clavier, et, dans les pédales, d’un Posaune 16’ et d’un Subbass 32’. Il souligne aussi l’importance d’un apport de tous les instruments à vent. Ces conditions ont pu être apportées pour l’amélioration et la modernisation d’un instrument devenu désuet, mais elles nous fournissent aussi sûrement quelques indices sur les préférences de Bach7.
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