À la mode de France ? : Danser à Londres et à Paris vers 1680-1730
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Le répertoire qui a survécu

Environ 350 danses de ballet ou de théâtre ont survécu au travers des notations de Beauchamp et Feuillet. Presqu’un tiers d’entre elles sont des danses de Pecour, publiées entre 1702 et 1725 par Feuillet (63 danses), Dezais (8 danses), et Gaudrau (41 danses). Aucun autre maître à danser ne comptait autant de danses transcrites et publiées de la sorte — la plupart d’entre eux s’estimaient heureux lorsqu’ils avaient un peu plus de trois ou quatre danses publiées. La grande prépondérance des danses de Pecour reflète le statut social élevé dont il a bénéficié pendant de nombreuses années, au sein de la cour française comme à l’Opéra de Paris. Il jouissait également d’un prestige international, comme le suggère la parution de certaines de ses danses en Angleterre qui étaient publiées par les maîtres à danser, Pemberton et Shirley, à des fins pédagogiques, ou bien apparaissaient dans les cahiers d’exercices manuscrits de Kellom Tomlinson et de F. Le Roussau, à Londres. Mise à part les contredanses, que l’on considérait comme une nouveauté à Paris, souvent mal notées (Feuillet n’est jamais vraiment parvenu à saisir les ensembles progressifs de longways à l’anglaise), aucune danse d’aucun maître à danser anglais ne fut publiée en France à cette époque.

Danses de société

En marge des composantes traditionnelles de la danse de salon, à savoir les contredanses et les menuets, l’essentiel du répertoire de danses de ville qui ait survécu à la fois en France et en Angleterre au début du XVIIIe siècle, concernait, à quelques exceptions près, des danses exécutées par un seul couple à la fois devant leurs pairs dans les bals ou les fêtes. La pratique anglaise à cet égard suivait de près la tradition française, avec des danses consacrées aux membres de l’aristocratie (par exemple La Bourrée Dauphine, la Sarabande du Prince de Galles) ou d’autres composées en commémoration de grands événements (par exemple La Branle d’Audenarde en honneur de la victoire de Marlborough à Audenarde), ou comme référence à des genres sociaux, régionaux et nationaux spécifiques (telles que L’Allemande, La Poitevine ou The Shepherdess – La Pastourelle). En France, deux ou trois de ces danses étaient publiées “pour toute l’année” ; elles paraissaient au tout début de l’hiver afin que les maîtres à danser aient le temps de les enseigner et que les danseurs puissent les répéter assidûment avant les bals de janvier et de février. Ces Recueils de Danse annuels devinrent une véritable composante du monde de la danse à partir de 1702, et ils ont joué un rôle essentiel pour la survie du répertoire de ballets des trois premières décennies du XVIIIe siècle. Londres s’efforça également d’adopter une pratique semblable mais avec un autre élément important, une tradition selon laquelle le maître à danser attaché à la cour royale devait créer chaque année une danse à l’occasion du bal célébrant l’anniversaire du monarque. Sous le règne de la Reine Anne, M. Isaac créa plusieurs de ces danses (souvent en collaboration avec le compositeur James Paisible), en l’honneur de “l’anniversaire de sa Majesté”, puis après 1714, Anthony L’Abbé prit le relais, écrivant ainsi une série semblable de danses afin de célébrer l’anniversaire du Roi George Ier et des membres de sa famille. Néanmoins, il semblerait qu’aucune série de Recueils annuels n’ait été publiée à Londres, malgré les annonces et vaines promesses des maîtres à danser, mais compte tenu du climat économique précaire et du manque de parrainage officiel pour tout ce qui sortait du cadre des danses dédiées aux anniversaires royaux, cela n’avait rien de surprenant. Ce qui a survécu toutefois, c’est un recueil de danses de groupe élaborées par des maîtres à danser anglais jouissant d’une réputation solide (Caverley, Groscourt, Hickford, Prince, Priest et d’autres) publié par Edmund Pemberton sous le titre An Essay for the Further Improvement of Dancing en 1711. Les danses qui semblaient avoir été créées initialement pour des spectacles dans des écoles de danse, étaient transcrites selon la notation simplifiée de Feuillet et comprenaient des gigues, des menuets et autres danses de ballet pour trois à douze demoiselles, toutes adaptées sur des airs anglais. Rien de tel n’a survécu dans le répertoire français de danses, et il n’y a probablement jamais eu l’équivalent en France. Mais peut-être s’agissait-il d’une version plus civilisée des danses que “Monsieur Shake-legs” imposa à ses élèves pour une fête pascale, et à propos de laquelle Ned Ward, qui y assistait, commenta : “nous avons eu bien plus de changements sur la Courante, la Bourrée, le Menuet et la Gigue que l’on n’imaginerait de variantes avec un carillon de quatre cloches, intercalant de temps à autre une danse composée”. (The Dancing School, Londres 1700, p.5).
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Pieter Codde (1599-1678). Fête dansante. Akademie der Bildenden Kuenste, Vienne, Autriche
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