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Saint Fructueux était lui opposé à cette pratique chez les moines, et il montra dans la Regula Communis son opposition à ce type de distractions musicales pendant le travail :
“S’ils doivent réciter, qu’ils le fassent à voix basse. Mais seuls ceux qui se reposent ou sont oisifs doivent entonner des psaumes ou des hymnes, si vraiment ils ne veulent pas rester en silence”.
Les divertissements musicaux de type profane étaient interdits lors de certaines festivités religieuses. Le Codex Calixtinus énumère une série de fautes pouvant entraîner la condamnation de celui qui les commettait :
“Car ceux qui seraient coupables d’actes honteux ou frivoles, ou de propos oiseux, ou de rixes, stupres, adultères, vols, ivresse, fêtes illicites, ou auraient contemplé divers jeux propres des jongleurs, ou chanté et écouté des chansons picaresques, s’ils ne se repentissent pas avec fermeté, se condamneront”.
Les bals et les danses étaient également considérés comme quelque chose de pernicieux et de diabolique, mais les diatribes et les interdictions répétées dont ils font l’objet ne font qu’attester leur extraordinaire enracinement parmi les gens du peuple. Ainsi, à la fin du VIe siècle, le IIIe Concile de Tolède interdit de danser et d’interpréter des chants obscènes les jours de fête, coutume qui devait être très répandue, car en 595 l’évêque de Carthagène Liciano y fait également allusion :
“Puisse le peuple chrétien, s’il ne va pas à l’église le dimanche, faire au moins quelque chose d’utile et ne pas se consacrer aux danses”.
Un manuscrit du IXe siècle intitulé De saltationibus respuendis, conservé dans les Archives de la Cathédrale de León (Ms. 22, fol. 156) atteste la survie de ces coutumes à une époque postérieure. Dans le sermon qu’il contient, il n’est pas fait de distinction entre les danses honnêtes et obscènes, car pour l’Eglise toutes conduisaient à l’excitation des passions négatives. Les interdictions répétées de la part des évêques et de nombreux auteurs chrétiens réduisirent ce type de pratiques, qui toutefois ne furent jamais totalement éradiquées, étant donné que la danse était une partie consubstantielle d’un certain type de musique, en particulier celle qui accompagnait les célébrations de type profane.
Dans les milieux courtisans, la musique et la danse jouissaient d’une considération différente, ou c’est du moins ce qui se dégage de certains textes médiévaux relatant des moments de joie et de célébration. Chrétien de Troyes décrit dans Le chevalier au lion une scène d’allégresse dans ces termes très expressifs :
“Les cloches, les cors, les buccines font si bien résonner tout le bourg que l’on n’aurait ouï Dieu tonner. Devant le roi dansent les pucelles. Sonnent flûtes et frétèles, cymbales, tambourins, tambours. Des jeunes gens font des sauts et des tours d’adresse. C’est à qui sera le plus gai pour accueillir le roi Arthur”. [traduction de Jean-Pierre Foucher. Gallimard 1970]
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