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Les premiers essais littéraires de Busenello sont des odes, des panégyriques à la gloire de la diva Adriana Basile, et surtout de Venise, révélant un patriotisme forcené dont plusieurs de ses livrets porteront la trace. Notre avocat s’essaie ensuite au roman, genre moderne par excellence, qui fit en même temps que l’opéra, la gloire de Venise, puisque la ville concentra près de 80% de la production péninsulaire du siècle. Busenello ébaucha deux romans, restés inédits (comme l’écrasante majorité de sa production littéraire), La Floridiana et Il Sileno, marqués par les caprices de la Fortune. Tentatives louables, mais au style prolixe et souvent indigeste, ces deux essais entretiennent pourtant des relations étroites, sur le plan stylistique et thématique, avec ses livrets, notamment avec la Statira. Il écrit également de très nombreux poèmes en dialecte vénitien, où la liberté de ton – entre obscénité et désenchantement – aboutit à un réalisme rarement atteint dans la peinture de la vie vénitienne au XVIIe siècle, qui explique en partie le style souvent cru et imagé de ses drames musicaux.
Emboîtant le pas à son ami Badoer, qui venait, en 1640, d’offrir à Monteverdi son Retour d’Ulysse, Busenello écrit la même année son premier livret, Gli amori d’Apollo e Dafne, pour le plus prometteur des compositeurs vénitiens, élève de Monteverdi, Francesco Cavalli, qui venait de triompher l’année précédente au San Cassiano, avec les Nozze di Teti e Peleo (le plus ancien opéra vénitien dont on ait conservé la musique, ceux de Ferrari et Manelli ayant disparu). Ces Amours d’Apollon portent déjà la griffe inimitable de Busenello. Inspirés pour la forme (il s’agit d’une fable pastorale en trois actes) du Pastor fido de Guarino (explicitement cité dans l’argument du livret), et du Livre I des Métamorphoses d’Ovide (probablement dans la version italienne de Giovanni Dell’Anguillara, qui connut un succès immense dès la fin du XVIe siècle), ces Amours restent assez proches du mythe, mais Busenello y ajoute des intrigues secondaires, les amours tumultueuses et croisées de Titon et l’Aurore, et de Céphale et Procris (dont les péripéties ne suivent pas exactement le récit ovidien), provoquant ainsi un joyeux désordre qui a surtout pour résultat de désacraliser les divinités de l’Olympe. Titon est ainsi dépeint comme un vieil amant pantouflard jaloux de voir sa jeune épouse Aurore batifoler avec le beau Céphale, ce qui nous vaut de beaux moments boulevardiers dignes d’un Offenbach ; insulté par Apollon qui le traite de “Pygmée de l’Amour”, et de “Soldat en couches culottes”, Cupidon se venge en excitant l’ardeur amoureuse du dieu de lumière. Busenello y ajoute également deux nourrices vieillissantes, l’une partisane d’une sagesse stoïcienne, l’autre d’un sensualisme épicurien, qui aura, comme il se doit, le dernier mot. Mais ce premier livret, magnifié par la superbe musique de Cavalli, vaut surtout pour la beauté et la richesse de son écriture poétique, que l’on retrouvera dans tous ses livrets à venir. Le désespoir d’Apollon, après la métamorphose de la nymphe en laurier nous offre une des premières grandes plaintes du théâtre musical vénitien, et l’un des premiers beaux lamenti de Cavalli. Significativement placées sous le signe de la métamorphose – thématique baroque par excellence – ces amours apolliniennes revisitées par la plume à la fois acerbe et lyrique de notre avocat convoquent Dante, Pétrarque, Marino, et autres poètes contemporains, tous présents à travers des emprunts plus ou moins directs et de multiples réminiscences. Mais ce livret liminaire tisse aussi rétrospectivement d’étroits liens intertextuels avec les autres livrets busenelliens, assurant une parfaite cohérence thématique et stylistique à l’ensemble du recueil publié en 1656, sous le titre Delle ore ociose.
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