Le Quichotte dans la musique... au-delà des Centenaires
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LE QUICHOTTE DANS LA MUSIQUE... AU-DELÀ DES CENTENAIRES
Si les compositeurs ont surtout favorisé le ballet et le théâtre lyrique, la musique instrumentale a été reléguée au second plan pendant les premiers siècles avec quelques exceptions mémorables comme l’Ouverture burlesque sur Don Quichotte de Telemann. Il s’agit de la première œuvre de musique de chambre écrite à partir du roman de Cervantès ayant le caractère de musique à programme. Elle se compose d’une suite avec “ouverture” dont les mouvements reflètent fidèlement par leurs titres l’épisode sur lequel ils se basent. Cette composition de Telemann doit être considérée comme une des plus réussies du XVIIIe siècle. Plus tard, quelques années avant sa mort, il devait écrire une deuxième œuvre sur le même thème : la sérénade Dom Quichotte auf der Hochzeit des Camacho (Don Quichotte aux noces de Camache), datée de 1761.

De la comédie à la tragédie

Le caractère comique, amusant et burlesque du roman de Cervantès a eu beaucoup de succès au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. L’œuvre a été interprétée presque uniquement sous un angle satirique. C’est dans l’opéra que l’on peut le mieux observer cette tendance : l’histoire est perçue plutôt comme les aventures d’un chevalier fou que comme une œuvre de réflexion avec une pensée profonde. C’est au XIXe siècle, avec l’arrivée du romantisme, que El Quijote sera considéré non pas comme un roman d’aventure, mais comme l’histoire du chevalier errant qui pense pouvoir changer le monde. Don Quichotte représentera l’homme qui croit en la noblesse, le courage, l’honneur, la vertu, l’amour pur et idéalisé, c’est-à-dire les grandes valeurs morales qui, d’après lui, règnent en ce monde. Il symbolisera le culte des sentiments désintéressés. Ce n’est qu’à partir de cette époque qu’on commence à le rencontrer flanqué de l’épithète du “chevalier à la triste figure”. Et, en 1813 déjà, le Suisse Sismondi prévoyait l’avenir en écrivant : “Le livre le plus triste qui ait jamais été écrit”.

Des titres comme le Don Quixote du compositeur autrichien Wilhelm Kienzl, joué pour la première fois le 18 novembre 1898 à l’opéra de la cour de Berlin, soulignent déjà le caractère tragique de l’œuvre qui a des sonorités wagnériennes. Le compositeur lui-même également auteur du livret, devait écrire dans ses mémoires l’impression que la première représentation de sa tragicomédie avait produite dans le public :

“Il faudrait tenir compte du fait que le public en général n’aime pas être confronté à des situations problématiques. Ce qu’il aime, c’est se laisser emporter par l’action et il ne peut ni ne veut à la fois rire et pleurer dans une même œuvre.”

Son Quichotte incarne un idéalisme capable d’en venir à la destruction de soi, c’est pourquoi à la fin de l’opéra, le gentilhomme brûle les livres de chevalerie qu’il aimait tant pour mourir en se jetant sur le feu. Ce fut un échec, et l’effet produit sur le compositeur, qui s’identifiait à l’idéologie du héros, le conduisit à abandonner la composition d’œuvres pour la scène pendant treize ans. Malgré sa valeur artistique, ce Don Quixote n’est presque jamais programmé dans les saisons des opéras.

A peine quelques semaines auparavant, Richard Strauss avait inauguré à Cologne son poème symphonique Don Quijote, Variations fantastiques sur un thème à caractère chevaleresque, op. 35, avec l’Orchestre de Gürzenich sous la direction de Franz Wüllner et avec le violoncelliste Friedrich Grüyzmacher comme soliste. Un an après, le 18 mars, on devait l’entendre de nouveau à Francfort sous la direction du compositeur lui-même. La réaction du public fut bien plus favorable que lors de la première. Cette œuvre comprend un prologue et dix variations. Au début de chacune d’elles, Strauss indique le chapitre du roman dont il s’inspire. La forme des variations a permis au compositeur de développer la virtuosité orchestrale et en même temps d’approfondir le caractère des personnages : Don Quichotte sera représenté par le violoncelle soliste et Sancho Panza, son écuyer, par l’alto, mais d’autres combinaisons instrumentales peuvent aussi exprimer les deux personnalités. Cette composition est considérée comme une œuvre maîtresse dans le répertoire du poème symphonique du fait de sa perfection formelle et de sa grande originalité. Dans cette œuvre, Strauss a démontré ses dons pour l’orchestration et il a su traduire savamment les multiples possibilités du roman qui oscille entre l’ironie et la tendresse, passe de la gravité au burlesque, de la joie à une tristesse aiguë et parfois douloureuse.

Le Quichotte dans la musique... au-delà des Centenaires
Adolf Schroedter (1805-1875). Don Quichotte lisant. 1834
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