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Lorsqu’à trente-deux ans, Métastase part pour Vienne, au cours du mois de mars 1730, il croit n’y aller que pour quelque temps, tout comme Zeno. Mais celui-ci a profité de l’occasion pour donner sa démission : voici Métastase seul. Il ne reviendra plus jamais en Italie et les quarante dernières années de sa vie seront vouées au service de la cour impériale (et, successivement, de Charles VI, Marie-Thérèse et Joseph II), pour laquelle il va écrire quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre et depuis laquelle son esthétique va s’imposer au monde musical tout entier.
Mort à Vienne en 1782, Pietro Trapassi est né en 1698 à Rome. Virtuose de l’improvisation poétique dès sa prime enfance, il est pris en mains, puis adopté en 1708 par le juriste, abbé et intellectuel Gian Vincenzo Gravina (membre de l’Arcadia), qui lui inculque l’amour des lettres grecques et latines avant de le confier, à Naples, au philosophe cartésien Gregorio Caloprese, lequel parfait son éducation. Métastase, ainsi que l’a surnommé son mentor3, reçoit la tonsure et les ordres mineurs à Rome en 1714 (ce qui lui voudra l’appellation un peu abusive d’ “abbé”). Gravina le destine à la charge d’avocat, mais le jeune homme manifeste son goût pour les compositions poétiques et théâtrales. Son premier recueil (1717) recèle déjà une tragédie à fin heureuse, Giustino, écrite en 1712 (à quatorze ans !), où se mêlent les influences du théâtre latin et de l’opéra (le rôle dévolu aux chœurs “moralisateurs” y est important).
Quelques premières commandes de la cour de Naples, coïncidant avec la mort de Gravina, décident du sort de Métastase : en 1718, il est reçu dans le sein convoité de l’Arcadia, sous le “nom de code” d’Artino Corasio. A Naples, Métastase rencontre plusieurs de ses futurs protecteurs viennois et sa première inspiratrice, la cantatrice Marianna Bulgarelli dite la Romanina, à l’intention de laquelle il compose son premier “dramma per musica” (c’est-à-dire livret), Didone abbandonata, créé sur une musique de Sarro en 1724. Viendront ensuite les rencontres décisives avec le compositeur Leonardo Vinci et le célèbre castrat soprano Carlo Broschi, dit Farinelli, avec qui le poète restera en relation épistolaire jusqu’à sa mort, commençant toutes ses lettres par cette adresse : “Mon cher jumeau...”4.
Le sol italien verra la création de sept drammi per musica métastasiens, composés pour Naples, Venise (Siroe, 1726) ou Rome (Catone in Utica et Ezio en 1728, Alessandro nell’Indie en 1729, Artaserse en 1730). A Vienne en naîtront dix-neuf autres, dont les plus célèbres sont Demetrio (1731), Adriano in Siria (1732), L’Olimpiade, Demofoonte (1733), La Clemenza di Tito (1734), Zenobia (1740), Attilio Regolo (1750), Il Re pastore (1751) et Ruggiero (1771). Outre de nombreuses pièces poétiques (sonnets, cantates) et quelques traités (entre autres, sur la Poétique d’Aristote et L’Art poétique d’Horace), Métastase a laissé trente-six “fêtes théâtrales” (sérénades) et huit oratorios (dont la fameuse Passione di Gesù Cristo de 1729).
L’aspect le plus remarquable de cette production est son succès : les vingt-six drammi de Métastase, à eux seuls, ont donné lieu à environ mille opéras ! Artaserse, par exemple, fut utilisé par plus de quatre-vingt compositeurs différents, Alessandro nell’Indie, Adriano in Siria et Didone abbandonata par plus de soixante musiciens, chacun (Jommelli mit même trois fois en musique la seule Didone !). En 1828, Mercadante écrivait encore son Adriano sur le texte de Métastase et la Nittétis de Charles Tournemire (1906!) n’est pas sans rapport avec celle écrite par notre auteur en 1756. Ne parlons même pas des vers épars employés par Vivaldi, Rossini (cinquante fois le même quatrain tiré de Siroe), Schubert, Beethoven, Gounod et tant d’autres...
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