Musique dans les synagogues
Tant que le Temple de Jérusalem existait encore, les synagogues remplissaient un rôle fondamental dans la lecture des livres sacrés et dans les prières des communautés juives hors d’Israël. La principale différence résidait dans le fait que ceux qui célébraient les rites dans les synagogues n’étaient pas les prêtres (comme dans le Temple), mais des séculiers profanes. En outre, dans la liturgie du Temple étaient inclus des chœurs et des instruments comme des trompettes et des psaltérions. Cependant, la destruction du Temple représenta un tel choc moral que les théologiens, en signe de pénitence, interdirent tous les instruments dans la synagogue à l’exception du shofar, corne de bélier, symbole de l’Alliance divine avec le peuple juif, et encore ne l’autorisaient-ils que dans de rares occasions comme le nouvel an (Rosh Hashaná) et le jour de l’expiation (Yom Kipúr).
Il faudrait ajouter à ces limitations l’obligation du repos (y compris musical) pendant le shabbat (repos sabbatique), et les réticences des rabbins devant ce qu’ils interprétaient comme des signes de promiscuité et de banalisation du sacré. Ils excluaient donc toute manifestation musicale qui ne fût exclusivement dédiée aux prières sacrées. Ainsi, on peut trouver des jugements comme celui de Sotáh (48-A) qui précisent qu’ “une chanson dans une maison signifie que la destruction est à sa porte”. Néanmoins, les rabbins les plus radicaux eux-mêmes ont bien été obligés de tolérer l’expression musicale dans des fêtes comme les circoncisions et les mariages, tout en maintenant inchangé le silence sabbatique. Les plus puritains n’acceptaient pas non plus le chant féminin, et encore moins la coutume des chœurs antiphoniques chantés en alternance par des hommes et des femmes, ce qui, d’après eux, ne faisait qu’allumer “la mèche de la promiscuité”.
A l’encontre de telles opinions, le philosophe juif néo-platonicien Isaac ben Salomon Israeli (Egypte, IXe siècle – Kairouan, Tunisie Xe siècle) indique dans l’un de ses écrits que “la musique est la dernière mais la meilleure des disciplines que l’on doive étudier”. De son côté, Sa’ádia Gaón (Fayoum, Egypte 882 – Académie de Sura, Babylone 942), dans le dixième chapitre de son Séfer Ha-emunót Vehade’ót (Livre des doctrines et des croyances) de 933, essaye d’expliquer l’influence de la musique sur les esprits et les effets des sens sur l’âme en montrant que le mélange des couleurs (c’est-à-dire les rythmes, d’après le musicologue Henry Farmer) peut exercer une influence bénéfique sur le caractère.
Le chant ancien des synagogues avait trois tendances : la psalmodie, la cantilène et le chant liturgique. La psalmodie consistait en un récitatif des textes selon le rite ancestral du Temple. La cantilène se basait sur une lecture des écritures, un verset après l’autre, lesquels versets étaient ensuite traduits dans la langue du pays. Le verset originel et sa traduction étaient généralement chantés dans une forme de psalmodie simple. C’est peut-être l’origine de la tradition qui consiste à diviser les versets en deux moitiés comme le font encore quelques communautés yéménites. Ces pratiques ont peut-être eu également une influence sur les débuts de la psalmodie chrétienne qui avait été compilée et codifiée à la fin du VIe siècle par le pape Grégoire Ier.
Notation de la cantilène
Les Juifs entreprirent eux aussi un tel travail de codification de la liturgie. A l’instar des signes primitifs de la notation musicale (neumes) qui accompagnent les textes latins du rite chrétien, plusieurs écoles de grammairiens de l’exil à Babylone et de ceux qui demeuraient en Israël tentèrent de construire un système cohérent de symboles pour la lecture et la psalmodie de la Bible. Ces initiatives qui se déroulèrent entre le VIIe et le IXe siècle, ont atteint leur apogée avec le développement au Xe siècle du système de ponctuation de l’hébreu (nikúd) et des signes d’intonation du chant biblique (ta’améi mikráh) par l’école des mesortím (traditionalistes) de Tibériade, en Israël. Les signes du nikúd furent inscrits au-dessus, en-dessous et dans les lettres pour indiquer les voyelles et la prononciation de certaines consonnes, tandis que les ta’améi mikráh furent placés en-dessous ou au-dessus des syllabes accentuées pour signaler les motifs musicaux sur lesquels on devait chanter la phrase. Ces signes dérivent d’indications antérieures que l’on montrait dans la paume de la main en suivant un schéma très semblable à celui de la chironomie inventée par Guy d’Arezzo pour la liturgie chrétienne.
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